Redakce_ArabCitez moi un maximum de stéréotypes négatifs!

La tâche n’est pas bien compliquée n’est-ce pas ? Si vous êtes de friands lecteurs du blog, vous saurez déjà que les stéréotypes influencent nos comportements et nos prises de décisions. Si je vous apprenais que notre humeur module cette influence, seriez-vous surpris ?

En effet, certaines humeurs engendrent une utilisation plus massive de nos représentations stéréotypiques. D’après vous, s’agit-il des humeurs plutôt positives ou négatives ?

Les stéréotypes ont «mauvaise réputation» (Leyens, 2012), ils sont généralement associés à des croyances négatives. Ces croyances peuvent, pourtant, être positives. Par exemple : « Les Italiens sont de bons vivants!». Ainsi, intuitivement, on pourrait penser que les humeurs négatives , comme la colère, sont celles les plus enclines à faciliter l’accès à ces stéréotypes.

Dans leur étude, C. Unkelbach, J.P. Forgas et T.F. Denson ont tenté d’appréhender dans quelles mesures des stéréotypes négatifs étaient associés à l’ «apparence musulmane» et dans quelles mesures les affects pouvaient jouer un rôle dans l’influence de ceux-ci sur des comportements agressifs.

Les attitudes négatives envers les exo-groupes (les groupes autres que celui/ceux au(x)quel(s) vous appartenez) sont assez difficiles à évaluer explicitement. Les gens sont souvent assez réticents à révéler leurs préjugés (Eagly & Chaiken, 1998). La peur de «ce qu’on pourrait penser de moi si je dis que …», «on va penser que je suis raciste si je dis que …» pourrait biaiser les résultats de l’étude. Ainsi, pour pouvoir mesurer les tendances agressives envers les minorités, une mesure moins explicite est nécessaire. Le paradigme du «biais du tireur» est un alternative intéressante.

Le principe de ce paradigme : proposer un jeu PC aux participants. Le but du jeu étant de tirer le plus vite possible sur les cibles portant une arme et de laisser saines et sauves les cibles non-armées. L’identité («race», genre, …) des cibles peut, ensuite, être manipulée en fonction de l’hypothèse de recherche. La rapidité attendue de la part des participants a une importance centrale : elle permet une réaction spontanée, beaucoup moins réfléchie.

Des études précédentes utilisant ce paradigme ont fait varier «la race» de la cible (noire/blanche). Elles ont révélé que les Américains tirent plus facilement sur les cibles noires, alors même que dans le jeu, la race n’est pas pertinente, c’est la dimension «armé ou non» qui l’est (Correll et al., 2002 et Correll et al., 2007). C’est ce qu’on appelle «le biais du tireur». Ce biais est expliqué par l’activation du stéréotype culturel du  «noir dangereux».

Etude

Unkelbach et ses collègues ont réalisé une étude semblable. Ils faisaient varier certaines caractéristiques des cibles : l’apparence musulmane ou non (le port d’un turban / hijab ou non), la «race» ( style caucasien ou non) et le genre ( masculin ou féminin). Selon eux, cette coiffe musulmane est un symbole très saillant de l’identité musulmane mais également un part importante de l’image liée aux terroristes musulmans (comme Osama Bin Laden par exemple). Le stéréotype du terroriste musulman pourrait, par exemple, contenir les traits :  » homme armé avec un turban ».

Fig1. Exemple de cibles : homme non-caucasien, avec ou sans turban, portant une arme ou un objet quelconque.exemple d'une cible

Afin d’appréhender l’influence des affects, les auteurs ont également manipulé l’humeur des participants (universitaires australiens), en leur induisant une humeur positive, négative ou neutre. Pour cela, on demandait aux participants d’écrire un e-mail à un individu, dans l’espoir d’obtenir un rendez-vous avec lui. Ils obtenaient ensuite un feedback neutre, positif ou négatif de l’individu. Les auteurs s’assuraient ensuite de la réussite de l’induction via des questionnaires d’humeur.

Les auteurs s’attendaient à un biais du tireur «en faveur» des cibles musulmanes. Ils se sont également demandés si les humeurs positives ou négatives pouvaient engendrer un plus (ou moins) grand biais du tireur à l’encontre des musulmans.

L’humeur a déjà été démontrée comme ayant une influence sur les stratégies du traitement de l’information. Selon de récentes théories (Bless & Fiedler, 2006), les humeurs positives pourraient engendrer un style de traitement plus «top-down» et ainsi augmenter l’influence des stéréotypes sur le comportement.

Par exemple, il a été démontré qu’une humeur positive engendre l’utilisation d’heuristiques  (opérations mentales intuitives permettant de faire des jugements rapidement), augmentent les erreurs de jugements (Forgas, 1998), les erreurs de reconstructions des faits dans le cas des témoins oculaires (Forgas, Vargas & Laham, 2005) et réduisent l’attention porté aux informations objectives (Forgas, 2007).

Qu’est-ce qu’un processus «top-down» ? C’est un processus déductif qui contraste avec les processus inductifs que sont les processus «bottom-up». En effet, plusieurs «chemins» s’offrent à nous lors du traitement d’une information. Nous pouvons élaborer une représentation directement à partir des données disponibles sur la cible (par exemple, à force de voir des lions, je finis par me fabriquer une représentation de ce genre d’animaux) : il s’agit là d’un processus inductif, qui part des processus de plus bas niveau, comme l’attention, jusqu’au processus de plus haut niveau, comme la conceptualisation. Néanmoins, dans le traitement d’une information, les processus de plus haut niveau peuvent également influencer les processus de plus bas niveau : ainsi si j’ai déjà des connaissances sémantiques sur les ours, dont je pense qu’ils sont agressifs, je serai peut-être plus attentif au degré d’agressivité des lions. Peut-être même que je déduirais ma représentation des lions sur base de ma représentation des ours.

Au vu de ces théories, nous nous attendons donc à ce que les participants de bonne humeur montrent une tendance plus marquée à tirer sur les cibles musulmanes (portant un turban ou une hijab).

Résultats

L’apparence musulmane semble faciliter les réactions agressives à l’égard d’une cible comme le montre la tendance de tous les participants à tirer plus facilement sur les cibles musulmanes. C’est ce que les auteurs ont appelé «l’effet turban». Il y aurait donc bien des stéréotypes négatifs associés à l’apparence musulmane.

Néanmoins, ces données pourraient être compatibles avec le fait que «l’effet turban» soit lié à des stéréotypes négatifs associés aux terroristes (par exemple, une personne avec un turban portant une arme) plutôt qu’aux Musulmans. Cependant cet « effet turban » restait stable lorsque les cibles masculines et féminines étaient analysées séparément, ce qui coïncide d’avantage avec la seconde explication.

Les participants «en colère» ont une plus grande tendance à tirer sur toutes les cibles confondues. Cela permet d’écarter l’hypothèse que le turban puisse agir comme un stimulus suscitant l’agression, comme cela est le cas avec une arme (Berkowite & LaPage; 1967). En effet, la colère attire l’attention sur les signaux de menace (Anderson & Bushman, 2002). Ainsi, si le turban était un stimulus engendrant une réponse d’agression, les gens en colère devraient montrer une tendance à tirer plus systématique à l’égard des cibles musulmanes, ce qui n’est pas le cas. Ceci suggère que le biais du tireur à l’égard des Musulmans est une manifestation comportementale des stéréotypes négatifs sur ce groupe.

Comme attendu, les affects positifs semblent effectivement faciliter les réponses «top-down» conduites, entre autres, par les stéréotypes : les participants de bonne humeur montrent une plus grande agressivité à l’égard des Musulmans et ce de manière sélective, contrairement aux participants de mauvaise humeur.

Fig2. Biais du tireur en fonction de l’humeur et de la cible. Le biais du tireur est un ratio :  les petites valeurs indiquent un grand biais, les valeurs supérieures ou égales à 1 indiquent qu’il n’y a pas de biais.

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Les cibles préférées étaient les hommes musulmans de style non caucasien, et les cibles les plus souvent épargnées étaient les femmes non musulmanes de style caucasien. Le fait que les participants tirent plus facilement sur les hommes que sur les femmes n’est pas surprenant : les hommes sont généralement vus comme plus dangereux que les femmes (Archer, 2004)(encore un stéréotype!). De plus, alors que le genre et la race peuvent avoir une valeur adaptative fortement ancrée, une dimension aussi instable qu’un vêtement ne peut avoir une valeur aussi profondément ancrée que celle de la race ou du genre. Cela suggère que les tendances agressives à l’égard des musulmans sont plus certainement dues à des stéréotypes négatifs.

Les auteurs ayant évalués des participants australiens, ils se sont donc demandés si l’effet turban aurait été plus grand s’ils avaient sélectionné des participants dont le pays avait été la cible d’attaques de terrorises musulmans. Cette hypothèse pourrait être testée lors d’études ultérieures.

Conclusion

Nous sommes parfois conscients de l’influence de nos stéréotypes sur notre comportement, ou sur nos prises de décisions. Par exemple : lors d’un entretien d’embauche, un patron doit choisir entre deux postulants (un «blanc» et un «noir») ayant des compétences et une formation semblables. Peut-être que son adhésion au stéréotype « les noirs sont paresseux» le fera embaucher le postulant  «blanc» supposé «moins susceptible d’arriver en retard».

Cette étude nous a montré que cette influence n’était pas toujours consciente. Et qu’il était possible de mettre en évidence un biais négatif à l’égard des Musulmans même chez des étudiants universitaires tolérants et ce, à partir du moment où une mesure «déguisée» des tendances agressives est utilisée.

Pour qu’un stéréotype puisse influencer un comportement, il faut que celui-ci soit activé ( il faut qu’on y pense). Un stéréotype activé n’est, cependant,  pas forcément appliqué (utilisé dans le but d’émettre un jugement). Dans notre étude, le stéréotype du «Musulman dangereux» a été activé.

Serions-nous capables de contrôler l’activation de stéréotypes ? Certaines personnes le seraient, des personnes poursuivants des objectifs égalitaires. Une régulation de leur système cognitif pourrait éviter l’activation de stéréotypes culturels et donc permettre à ces personnes de respecter leur ligne de conduite (Klein, 2013).

Est-il imaginable de contrôler l’influence d’un stéréotype activé sur notre comportement?

Certains travaux ont montré que des personnes expertes, des policiers par exemple, étaient capables de réguler l’influence du stéréotype activé sur leur comportement. Dans le paradigme du «biais du tireur», ceux-ci décidaient ( comme les étudiants lambdas) plus rapidement de ne pas tirer sur les cibles «blanches» et décidaient plus rapidement de tirer sur les cibles «noires». Mais une grande différence au niveau du taux d’erreur a été démontrée, les policiers n’étaient pas influencés par l’appartenance sociale de la cible, contrairement aux étudiants (Klein, 2013).

Certains d’entre nous seraient donc capables d’oeuvrer «contre» les stéréotypes, dans le but d’éviter leur influence sur leurs comportements.

Il ne faut cependant pas perdre de vue, comme quelques articles de ce blog l’ont déjà évoqué, l’importance centrale des stéréotypes dans notre vie de tous les jours. Ceux-ci nous sont d’une grande utilité, ils nous permettent d’organiser notre perception de la réalité sociale et de «nous orienter plus aisément dans notre environnement social en mobilisant des connaissances déjà apprises sur certaines catégories» (Klein, 2013).

Basé sur :

Unkelbach, C., Forgas, J.P., Denson, T.F. (2008). The turban effect: The influence of Muslim headgear and induced affect on aggressive responses in the shooter bias paradigm. Journal of Experimental Social Psychology, 44(5), 1409-1413.

Bibliographie

Anderson, C.A., Bushman, B.J. (2002). Human regression. Annual Review of Psychology, 53, 27-51.

Archer, J. (2004). Sex differences in aggression in real-world settings: A meta-analytic review. Review of General Psychology, 8, 291–322.

Berkowitz, L., LePage,  A. (1967). Weapons as aggression-eliciting stimuli. Journal of Personality and Social Psychology, 7, 202–207.

Bless, H., Fiedler, K. (2006). Mood and the regulation of information processing and behavior

Correll, J., Park, B., Judd, C.M., B. Wittenbrink, B. (2002). The police officer’s dilemma: Using ethnicity to disambiguate potentially threatening individuals. Journal of Personality and Social Psychology, 83, 1314-1329.

Correll, J., Park, B., Judd, C.M., B. Wittenbrink, B., Sadler, M.S., Keese, T. (2007). Across the thin blue line: Police officers and racial bias in the decision to shoot. Journal of Personality and Social Psychology, 92, 1006-1023.

Eagly, A.H., Chaiken, S. (1998). Attitude structure and function. D.T. Gilbert, S.T. Fiske, G. Lindzey (Eds.), The handbook of social psychology, McGraw-Hill, New York (1998), pp. 269–322

Forgas, J.P. (1998). On being happy but mistaken: Mood effects on the fundamental attribution error. Journal of Personality and Social Psychology, 75, 318-331

Forgas, J.P. (Ed.), Affect in social thinking and behaviour, Psychology Press, New York (2006), 65–84.

Forgas, J.P. (2007). When sad is better than happy: Negative affect can improve the quality and effectiveness of persuasive messages and social influence strategies. Journal of Experimental Social Psychology, 43, 513–528.

Forgas, J.P., Vargas, P., Laham, S. (2005). Mood effects on eyewitness memory: Affective influences on susceptibility to misinformation. Journal of Experimental Social Psychology, 41, 574–588.

Klein, O. (2013). Cognition sociale. Syllabus, Université Libre de Bruxelles, Bruxelles.

Leyens, Jean-Philippe (2012). Sommes-nous tous racistes ? Psychologique des racismes ordinaires. Wavre : Mardaga,159p.

Iconographie

L’image des cibles a été utilisée par les auteurs de l’étude : Unkelbach, C., Forgas, J.P., Denson, T.F. (2008). The turban effect: The influence of Muslim headgear and induced affect on aggressive responses in the shooter bias paradigm. Journal of Experimental Social Psychology, 44(5), 1409-1413.

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Lecteurs soyez avertis, l’exemple qui va suivre relève de la fiction…

« Imaginez… Vous échangez par mail avec une



nouvelle rencontre. Après quelques échanges, vous constatez que cette personne dispose d’une très bonne orthographe, de tournures de phrases à couper le souffle, d’un vocabulaire riche et varié… Vous vous dites que cette personne a certainement du faire de longues études, probablement dans le domaine de la littérature ou qu’elle est issue d’un milieu aisé plutôt conventionnel… Après plusieurs échanges, vous abordez vos parcours respectifs. Vos projets s’effondrent au moment où cette personne vous indique qu’elle n’a pas fait de grandes études et qu’elle occupe une profession manuelle. Vous vous mettez à penser que, finalement, vous devriez peut-être envisager d’utiliser une autre méthode pour vos rencontres…
 »

Nous expérimentons le monde par nos sens mais nous l’interprétons avec notre cerveau. En effet, bien que nous puissions observer la même situation, nous ne l’interpréterons pas nécessairement de la même manière. Chaque individu observe et interprète l’environnement qui l’entoure à partir de stéréotypes et d’attentes qui lui sont propres. De ce fait, ce que nous observons est fortement influencé par ce que nous nous attendons à voir. Cela rejoint l’idée de Klein (2012) selon laquelle « notre perception de la réalité s’organise selon ce qu’on s’attend à y observer » (Klein, 2012, p.109).

La perception d’autrui n’échappe pas à cette règle. L’autre est perçu d’une certaine manière en fonction de ce qu’il fait mais également en fonction des stéréotypes et des attentes que nous avons envers lui.

Nous formons des impressions envers les autres notamment lorsque nous communiquons avec eux. D’après Klein (2012), la formation d’impression comporte trois étapes successives : l’observation, l’inférence et l’intégration. Lors de l’observation nous relevons une série de comportements et d’informations (celles-ci peuvent également nous être transmises par autrui). A partir de ces dernières, nous en sélectionnons certaines. Par exemple « X a beaucoup de diplômes ». Puis lors de l’inférence nous déduisons l’existence de traits à partir de ces informations : « X est intelligent ». Enfin, l’intégration consiste à assimiler ces différentes informations afin de former une impression globale qui intégrera ces traits (Klein, 2012, p.87).

D’après les auteurs de la recherche que nous allons vous présenter, dans une conversation, les attentes et stéréotypes entre les interlocuteurs varient en fonction de l’ambigüité du message. Pour les auteurs, comme pour Klein (2012), le recours aux stéréotypes est plus important lorsque la situation est ambiguë. Ce phénomène peut s’expliquer par le fait que n’ayant trop peu d’informations à propos d’une situation ou d’un individu, nous nous rattachons d’avantage à nos idées préconçues. Nous nous détachons plus difficilement des stéréotypes dont nous disposons. Plus l’information donnée par le message est ambigüe, plus elle sera susceptible d’être influencée par nos stéréotypes et nos attentes.

Cette ambigüité diffère en fonction du média utilisé pour la communication. En effet, tous les modes de communication ne transmettent pas une information avec la même fidélité. Un message peut être perçu de manière différente selon qu’il soit transmis sous la forme d’un SMS, d’un e-mail ou oralement. Il s’avère que lacommunication électronique (en particulier l’e-mail) est un moyen d’échange très répandu de nos jours, grâce notamment à sa rapidité et sa praticité. Cependant, cette dernière s’avère plus limitée que l’échange vocal par son manque relatif de signes paralinguistiques et d’indications non-verbales. La prononciation, l’intonation, les expressions vocales, le débit, les silences, les pauses ou encore la respiration constituent des signes paralinguistiques. La posture, les gestes, les signes de tête ou le regard sont des exemples de signes non-verbaux.

La recherche présentée ci-dessous a testé l’implication de ces observations dans la vie de tous les jours et plus particulièrement dans la communication électronique (l’e-mail). Selon les chercheurs, si l’influence des attentes varie en fonction de l’ambigüité, les attentes et stéréotypes devraient influencer, de manière plus importante, les impressions formées dans les e-mails, plutôt que celles formées dans les échanges vocaux. L’e-mail est un mode de communication plus ambigu que la voix car, comme nous l’avons précédemment évoqué, les signes paralinguistiques et non-verbaux sont absents. L’importance de la communication non-verbale est souvent sous-estimée. Or, une grande part de la communication ne dépend pas seulement de ce qui est dit mais aussi de la façon dont le message est transmis. Les signes paralinguistiques sont des éléments importants dans toute communication orale. En effet, d’une part, ils aident à comprendre la signification du message et d’autre part, constituent également des indices nous permettant d’avoir une idée plus précise de la personnalité de notre interlocuteur. De même,Ils peuvent aussi renforcer le discours transmis ou au contraire, le contredire (par une attitude contraire à ce qui est dit). Ces signes paralinguistiques sont difficilement convertibles dans une conversation électronique. De ce fait, ce phénomène induit une plus forte ambigüité du message dans les e-mails.

Sans les signes paralinguistiques et non-verbaux, nous ne pouvons nous faire une idée plus ou moins correcte de notre interlocuteur. D’après Nyla Ambady et ses collègues cités par Klein (2012), « nous inférons des traits de personnalité, voire catégorisons socialement des individus de façon extrêmement rapide […] et parfois sur base d’informations très limitées » (Klein, 2012, p.91). Nous nous basons alors sur nos attentes pour définir le type de personne avec lequel nous sommes en communication dans un e-mail.

Nicholas Epley et Justin Kruger, deux chercheurs universitaires américains ont mené trois expériences visant à mettre en évidence l’implication de ces différences d’informations sur l’influence des stéréotypes et des attentes dans la communication orale et via l’e-mail.

Première expérience

Pour cette première expérience, Epley et Kruger ont prédit que les stéréotypes seraient plus nombreux chez les interrogateurs lors des communications électroniques que téléphoniques. Pour ce faire, les participants devaient déterminer si les personnes avec lesquelles ils communiquaient, par téléphone ou par e-mail, étaient intelligentes ou non. Dix-neuf personnes ont donc été désignées comme étant les interrogateurs, dix-neuf autres ont été interrogées par téléphone et les dix-neuf dernières l’ont été par e-mail. La procédure utilisée fut la suivante : les participants posaient plusieurs questions à leurs interlocuteurs, d’abord par téléphone, puis par e-mail. Ensuite, ils notaient chaque interlocuteur en fonction de 6 critères (intelligent ou non, content ou non, amical ou non, cultivé ou non, à la mode ou non, performant ou non). Avant de commencer les questions, les chercheurs ont informé les interrogateurs sur le nombre de diplômes détenus par leurs interlocuteurs. Cette information a été transmise dans le but de former un stéréotype de base chez les interrogateurs.

Les résultats de cette première expérience confirment les prédictions des chercheurs. Les stéréotypes sont plus nombreux lors des conversations électroniques que lors des échanges téléphoniques. Dans les e-mails, les personnes décrites comme ayant beaucoup de diplômes ont été perçues comme intelligentes tandis que celles décrites comme ayant peu de diplômes ont été qualifiées comme peu intelligentes. Dans les conversations téléphoniques, les stéréotypes sont moins nombreux. Il n’y a presque pas de différence dans les cotes d’intelligence entre les personnes décrites comme ayant beaucoup ou peu de diplômes. Pour les auteurs, discuter au téléphone avec une personne (entendre sa voix et des signes paralinguistiques) diminue l’effet du stéréotype de base (beaucoup ou peu de diplômes) alors que communiquer via l’e-mail fait persister la première impression (beaucoup de diplômes = personne intelligente).


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Deuxième expérience

La seconde expérience se base sur un stéréotype racial. Une femme américano-asiatique et une femme afro-américaine sont interrogées par des femmes américano-européennes. Les interrogatrices ont du déterminer si la femme avec laquelle elles communiquaient, par téléphone ou par e-mail, était plutôt timide ou extravertie.

Les prédictions des chercheurs étaient que, premièrement, les femmes américano-asiatiques seront perçues comme étant plus timide que les femmes afro-américaines, deuxièmement, que les stéréotypes persisteraient de manière plus forte dans les communications électroniques que téléphoniques. Pour cette prédiction les chercheurs se sont basés sur le fait qu’une personne retient plus facilement quelque chose qu’elle entend que quelque chose qu’elle lit. Pour ces derniers, lorsqu’une personne parle, nous retenons ce qu’elle dit, nous oublions notre stéréotype de base et nous nous fabriquons notre propre idée en fonction de ce que nous entendons.

La méthode utilisée fut la suivante : les interrogatrices recevaient la photo de la femme américano-asiatique et de la femme afro-américaine qu’elles devaient questionner ceci, afin de manipuler leurs attentes. Chaque interrogatrice a reçu une photo différente, afin de ne pas induire d’erreur(s) dans l’expérience et que ce ne soit pas, par exemple, une caractéristique de la femme sur la photo qui influencerait leur jugement. Pour déterminer si leur interlocutrice était timide ou pas, elles les ont évaluées selon 10 critères. Quatre critères concernaient l’apparence intérieure (timide ou non, affirmation de soi (assertif) ou non, réservée ou non, introvertie ou extravertie) et six critères concernaient l’apparence extérieure (être à la mode ou non, sensible ou insensible, performante ou non, sincère ou non sincère, expérimentée ou sans expérience, heureuse ou malheureuse).

Les résultats ont montré que les femmes américano-asiatiques étaient perçues comme étant plus timide que les femmes afro-américaines. De plus, les stéréotypes persistaient de manière plus forte lors des conversations via l’e-mail que via le téléphone.

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Troisième expérience

La dernière expérience a été conduite dans le but de déterminer l’ambigüité du dialogueen fonction du mode de communication. Les chercheurs ont prédit que le dialogue serait plus ambigu lors d’une communication électronique que lors d’une conversation téléphonique. La méthode utilisée fut la suivante : quatre-vingt-quatre étudiants participaient à l’expérience. Vingt-huit participants ont été désignés comme étant les interlocuteurs et cinquante-six ont été enfermés dans une pièce afin de compléter un questionnaire et communiquer avec l’un des interlocuteurs via e-mail ou téléphone. Dans un premier temps, ils ont du choisir 5 caractéristiques différentes qui décrivaient le mieux leur personnalité. Ils communiquaient ensuite avec leur interlocuteur (par e-mail ou téléphone) et ont échangé leurs réponses. Par la suite, les interlocuteurs ont du classer les interrogateurs dans la catégorie « timide » ou « extraverti ».

Dans un deuxième temps, les interrogateurs ont posé huit questions à leur interlocuteur tel que « quels sont vos plans pour les vacances de printemps qui arrivent ? ». Les interrogateurs ont évalué leur interlocuteur sur une échelle de quatorze dimensions. Sept dimensions pour la sociabilité (timide/extraverti, assertif/non assertif, introverti/extraverti, sociable/pas sociable, socialement qualifié/ socialement non qualifié, amical/non amical, réservé/audacieux) et sept autres dimensions (être à la mode/non à la mode, terne/intelligent, content/pas content, compétitif/non compétitif, faible/fort, simple/complexe, émotionnel/non émotionnel). A la fin, deux intervenants extérieurs ont évalué l’ambigüité du message de la version vocale et du texte e-mail de chaque candidat.

Les résultats ont montré que les prédictions des chercheurs s’étaient avérées exactes. Les attentes des interrogateurs ont influencé leur impression finale de manière plus forte dans la communication par e-mail que lors de l’échange vocal. En effet, les personnes se décrivant comme timides ont été perçues de manière moins timide dans la conversation téléphonique que lors de l’échange électronique. En ce qui concerne l’ambigüité du message en fonction du média utilisé, les chercheurs ont démontré que le message dans l’e-mail était perçu de manière plus ambigüe que lors de la conversation téléphonique.

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Conclusions et limitations des expériences

Les chercheurs ont relevé une conclusion inattendue lors de leurs expériences. En effet, il s’est avéré que la différence entre les conditions d’e-mail et de téléphone fut plus forte pour certaines attentes que pour d’autres. Par exemple, dans la première expérience, ils ont pu constater une forte différence entre les personnes perçues comme non intelligentes via l’e-mail et le téléphone mais une faible différence entre les personnes perçues comme intelligente, que ce soit via l’e-mail ou le téléphone. Pour les chercheurs, cette asymétrie reflète simplement le fait que la communication vocale nécessite que les individus soient davantage extravertis (et dans une moindre mesure, intelligents) que lors d’un échange électronique. Cependant, ces derniers n’excluent pas la probabilité que d’autres facteurs puissent expliquer ce phénomène.

D’après les chercheurs, d’autres facteurs situationnels peuvent modérer l’impact des attentes et des stéréotypes dans une communication. Leur recherche s’est concentrée sur des interactions simples. Un changement dans ces modalités peut influencer l’importance et peut-être même la direction des effets observés. Par exemple, les impressions formées à partir d’e-mail tendent à converger avec celles formées dans la communication face à face, avec le temps. Par conséquent, il se peut que les différences relevées par les chercheurs entre les médias utilisés puissent s’atténuer lors d’interactions plus longues et plus poussées.

En plus de manquer de signes paralinguistiques, la communication électronique est susceptible de contenir beaucoup moins de mots qu’une interaction vocale. Taper chaque mot nécessite d’avantage de travail et de temps que de les dire. Il semble donc probable que la communication par e-mail soit plus courte et plus pauvre que l’interaction vocale, ce qui peut augmenter l’ambigüité du message. Par conséquent, selon les auteurs, les résultats des expériences précédemment évoquées sous-estimeraient l’ampleur de la différence entre l’e-mail et la communication vocale, dans la vie quotidienne.

Cependant, selon nous, il convient de préciser qu’il existe une différence entre la communication orale par téléphone et la communication orale en face à face. En effet, lors de cette dernière, des informations non-verbales telles que la posture, les gestes, les signes de tête ou le regard viennent se greffer aux informations verbales et paralinguistiques. Ces données ne sont pas présentes lors d’un échange téléphonique.

Conclusion générale

Pour les chercheurs, les stéréotypes et les attentes occupent une place importante dans la communication de tous les jours. La capacité à dépasser une information donnée est, selon ces derniers, un élément indispensable à tout système intelligent. L’absence de cette faculté constitue un obstacle majeur dans la conception de l’intelligence électronique.

L’un des aspects négatifs des stéréotypes et des attentes réside dans le fait qu’ils peuvent engendrer une information conforme à nos croyances bien qu’elles ne correspondent pas nécessairement à la réalité. Ce processus perpétue ainsi nos attentes. Pour Leyens (2012), il s’agit d’une « rigidité et d’une persistance en dépit d’évidences contraires » (Leyens, 2012, p.74).

Les trois expériences présentées ci-dessus démontrent que les premières impressions erronées sont plus susceptibles de perdurer dans une conversation électronique que dans une conversation téléphonique.

D’après les auteurs de cette recherche, l’un des avantages le plus largement vanté de la communication électronique (et en particulier les e-mails), est sa capacité à être un média sociable aveugle. Sur internet, nous ignorons à première vue quelle est la couleur de peau de notre interlocuteur, quel est son sexe, sa situation sociale, etc. Malgré le potentiel d’égalisateur social de l’e-mail, la recherche présentée ici suggère que ce dernier peut avoir l’effet contraire. Lorsque les individus interagissent par e-mail avec une personne envers laquelle ils ont déjà un stéréotype, ils sont plus susceptibles de se détacher de la communication et de rester concentrés sur leurs stéréotypes. De plus, les effets de la communication électronique sur les impressions et les stéréotypes sont susceptibles d’être transmissibles. En effet, l’une des caractéristiques les plus insidieuses des stéréotypes et des attentes est qu’ils peuvent se propager aux amis, aux collègues, à la famille, aux personnes qui n’ont jamais rencontré l’individu concerné par les stéréotypes.

Pour Leyens (2012), les stéréotypes et les attentes sont essentiels et font partie intégrante de notre quotidien. Comme l’ont déjà évoqué didi2meg7, ces derniers nous permettent d’organiser, de catégoriser le monde. Cette catégorisation est nécessaire et propre à l’être humain. Elle nous guide et nous permet de donner un sens à ce que nous vivons (Leyens 2012).

 


Bibliographie

  • Epley, N., & Kruger, J. (2005). When what you type isn’t what they read: The perseverance of stereotypes and expectancies over e-mail. Journal of Experimental Social Psychology, 41, 414-422.
  • Klein, O. (2012). Cognition sociale. Syllabus du cours de Cognition Sociale. Presses Universitaires de Bruxelles : Bruxelles.
  • Leyens, J-P. (2012). Sommes-nous tous racistes ? Psychologie des racismes ordinaires. Mardaga : Wavre (Belgique).


Iconographie

(Page consultée le 13 décembre 2012).

(Page consultée le 13 décembre 2012).

 

 

 

 

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Dans un restaurant, le rôle social est très codé : on ne s’attend pas, et l’on serait surpris que le serveur du restaurant nous donne une tape amicale dans le dos ou nous demande de nous servir nous-mêmes les plats car nous suivons un script. Un script est une séquence de comportements interactifs conforme à des modèles culturels et sociaux.

Dans notre vie de tous les jours nous suivons des scripts, des schémas cognitifs qui contiennent des séquences appropriées d’événements dans un contexte particulier.

Les scripts incluent également des éléments descriptifs spécifiant les caractéristiques et actions qui sont typiquement rencontrées dans une situation et des éléments normatifs spécifiant quels comportements sont attendus ou acceptés dans la situation. Par exemple, une rencontre avec des amis est différente d’un entretien d’embauche.

En ce qui concerne le comportement sexuel, les scripts sexuels ont été conçus comme des représentations cognitives de séquences d’événements dans les interactions sexuelles. Les scripts sexuels contiennent les connaissances générales d’un individu à propos des éléments typiques d’une interaction sexuelle, incluant les attentes à propos des comportements du partenaire et les activités comportementales conformes à la norme.

Les scripts n’ont pas seulement un contenu descriptif, ils ont aussi une composante normative indiquant quels actions et événements sont attendus et considérés comme appropriés.

Le fait de participer à une représentation partagée d’événements prototypiques de rencontres sexuelles ne signifie pas le fait de les accepter comme des lignes directrices pour son propre comportement sexuel. Par conséquent, l’étude suggère qu’il est important de différencier les représentations cognitives individuelles d’interactions sexuelles dans leur groupe d’âge en général (script général) et leurs représentations cognitives de leur propre comportement sexuel (script individuel). En d’autres termes, le fait d’accepter qu’il existe un script sexuel pour les adolescents ne signifie pas que tous les adolescents prendront ce script comme guide pour leur propre comportement. Nous faisons donc l’hypothèse que les scripts individuels devraient être plus étroitement liés au comportement sexuel que les scripts généraux.

La recherche de Barbara Krahe, Steffen Bieneck et Renate Scheinberger-Olwig explore le rôle des scripts sexuels en relation avec les facteurs de risque d’agression sexuelle chez les adolescents allemands.

En particulier, l’étude a examiné la mesure avec laquelle les facteurs de risque connus pour augmenter la probabilité d’agression sexuelle font partie intégrante des scripts sexuels des adolescents. Nous supposons que les scripts sexuels contiennent ces facteurs de risque comme des traits tout à fait normatifs et acceptés. Ce qu’un individu intègre dans ses scripts sexuels est façonné par ce que la personne voit comme répandu et accepté par les autres.

Spécialement, l’adolescence est une période critique dans laquelle les modèles de comportements sexuels sont développés et les normes de la sexualité sont formées.

De plus, on peut s’attendre à ce que les normes et la cognition liées à la sexualité changent à mesure que les adolescents deviennent sexuellement actifs.

Les éléments à risque sont définis comme des traits appartenant à des personnes qui se rencontrent et qui sont associés à un risque accru d’agression ou de victimisation. La victimisation se définit par l’action de considérer quelqu’un comme une victime.

Trois éléments comportementaux à risque sont inclus dans l’étude présentée :

Tout d’abord, la consommation d’alcool a été identifiée comme un facteur de risque de victimisation sexuelle pour les femmes. Pour les hommes, ils augmentent le risque de s’engager dans un comportement sexuel agressif

Le second facteur de risque est une communication ambiguë sur ses intentions sexuelles sous la forme de résistance symbolique (dire « non » quand on veut dire « oui ») ou de conformité (dire « oui » alors qu’on veut dire « non »).

Enfin, un niveau élevé d’activité sexuelle, un grand nombre de partenaires et la volonté de s’engager dans des relations sexuelles occasionnelles participent aux facteurs de risque.

Le but de la recherche était d’explorer comment ces trois éléments à risque étaient représentés dans les scripts sexuels généraux et individuels dans deux échantillons d’adolescents plus jeunes et plus âgés en utilisant une étude longitudinale avec deux prises de données à 9 mois d’intervalle. Ils ont pu observer que de manière générale, les participants voyaient ces facteurs augmentant le risque d’agression sexuelle comme moins saillants dans leur script individuel par rapport à la façon dont ils les ont vus dans les scripts attribués à leur groupe d’âge en général.

L’étude était divisée en 2 parties que nous allons exposer l’une après l’autre.

La première partie était guidée par 2 buts principaux : le premier était de démontrer l’importance de la différenciation entre la représentation cognitive des rencontres sexuelles pour soi-même et pour le groupe d’âge en général. Le second but était d’explorer la relation entre l’importance et l’acceptation normative des éléments à risque de l’agression sexuelle dans les scripts sexuels et de les relier à la manifestation comportementale des éléments à risque aussi bien que l’acceptation de la force dans la relation sexuelle.

Au total, 283 étudiants entre 15 et 16 ans ont participé à l’étude. Il y a eu deux prises de données qui ont été effectuées au début et à la fin de l’année scolaire laissant donc un intervalle de 9 mois entre les deux prises de données (T1 et T2).

Le groupe d’âge le plus jeune a été choisi pour pouvoir examiner les changements dans les scripts sexuels en relation avec l’expérience de la première relation sexuelle. L’écart d’âge dans ce groupe représente une fenêtre de temps critique parce qu’une proportion importante d’adolescents aura sa première expérience sexuelle entre 15 et 16ans. L’étude permettait aussi d’explorer la mesure avec laquelle les scripts individuels et généraux des adolescents pour des relations hétérosexuelles consentantes contenaient des éléments de risque pour une agression sexuelle et comment cela évoluait quand ils devenaient sexuellement actifs.

Pour mesurer les scripts sexuels des participants, il leur a été demander d’évaluer la présence d’une liste de traits décrivant 2 types d’interactions sexuelles.

Premièrement au niveau du script général, les chercheurs ont évalué les traits caractéristiques d’une relation sexuelle consentante avec un partenaire du même âge que celui du groupe dans son ensemble. Les questions portaient sur le groupe en général et pas sur leurs expériences personnelles. Par exemple, « Comment penses-tu que la première relation sexuelle s’est passée pour la plupart des jeunes gens? »

Deuxièmement, au niveau des scripts individuels évaluant les traits caractéristiques du premier acte sexuel avec un nouveau partenaire comme ils le perçoivent lui-même ou elle-même. Par exemple, « Tu passes une soirée avec un garçon et la nuit tu dors avec lui pour la première fois, imagine la situation et décrit  ce qui pourrait se passer. Nous ne voulons pas connaître une expérience personnelle mais plutôt savoir ce que tu penses à quoi ça devrait ressembler. »

Des versions parallèles ont été construites pour les filles et les garçons.

La mesure avec laquelle les participants trouvaient l’usage de l’agression physique pour arriver à une relation sexuelle était évaluée par des questions du type : « Imagine qu’un garçon veuille avoir une relation sexuelle avec une fille mais que la fille dise non, quelles sont les circonstances pour lesquelles tu trouverais l’usage de la force compréhensible ? » La question était suivie par 14 justifications potentielles pour utiliser l’agression physique pour forcer une fille à avoir une relation sexuelle.

La partie finale du questionnaire contenaient des questions démographiques (âge, sexe, nationalité) aussi bien que des questions sur l’expérience sexuelle.

En ce qui concerne le premier objectif de la recherche, c’est-à-dire, démontrer l’importance de la différenciation entre la représentation cognitive généralisée individuelle des rencontres sexuelles pour soi-même et pour le groupe d’âge en général un soutien constant a été obtenu pour la distinction entre scripts sexuels individuels et généraux.

Les scores de risque étaient significativement moins prononcés dans les scripts sexuels individuels que dans les scripts sexuels généraux, indiquant que la représentation cognitive individuelle de leur propre conduite sexuelle comprend dans une moindre mesure les facteurs de risque d’une agression sexuelle que dans leur perception des scripts sexuels de leurs pairs.

En second, la distinction entre les scripts sexuels individuels et généraux était soutenue par le fait que les scripts individuels étaient plus étroitement liés à l’acceptation normative des éléments à risque que les scripts généraux.

Troisièmement, les éléments à risque des scripts individuels mais pas généraux prédisaient le comportement à risque réel.

En ce qui concerne le deuxième but qui permet de faire la lumière sur les éléments à risque des scripts sexuels par rapport aux variables critiques liées au risque d’agression sexuelle, les données confirment aussi nos hypothèses. Il a été montré que l’acceptation normative des éléments à risque de l’agression sexuelle augmentait quand les adolescents devenaient sexuellement actifs. Il a été aussi établi que les facteurs de risque comme des éléments normatifs acceptés des scripts sexuels influencent le comportement.

Utilisant un paradigme longitudinal, l’étude présente démontrait que l’acceptation normative des facteurs de risque prédisait l’adoption de ces comportements auto-déclarés de ces facteurs de risque pendant cette période de 9 mois.

Finalement, les présentes données montraient, dans la mesure où les adolescents acceptaient les éléments de risque d’agression sexuelle comme partie intégrante de leurs scripts sexuels,  une attitude plus permissive à propos de l’usage de la force dans les relations sexuelles.

Le second échantillon d’adolescents a été inclus dans l’étude pour répliquer les résultats de la première partie de la recherche et pour collecter les mesures d’agression sexuelle ou de victimisation liées aux éléments à risque dans les scripts sexuels.

Au total 232 étudiants dont la moyenne d’âge était de 19,03 ans ont répondu à des questionnaires à deux reprises, au début et à la fin de l’année scolaire de manière à ce que l’intervalle entre les 2 prises de données soit de 9 mois.

Ensuite, les chercheurs ont utilisé les mêmes instruments que dans la première partie de l’étude pour mesurer les éléments à risque dans les scripts sexuels généraux et individuels, l’approbation normative et l’acceptation de l’agression sexuelle.

Par ailleurs les questions étaient formulées de manière similaire. Cela demandait aux participants d’observer les items avec attention pour trouver la différence entre ceux-ci. Le nouveau format couvrait ainsi 18 aspects de l’agression sexuelle : 3 stratégies agressives (force physique, exploitation de l’état d’incapacité de la femme, pression verbale), par 3 types d’actes sexuels (embrasser/caresser, rapports sexuels, autres actes sexuels) par 2 résultats (tenté, accompli).

Par exemple, dans la version du test pour les hommes qui commettent une agression sexuelle :

1)    force physique : «Avez-vous déjà essayé qu’une femme ait des contacts avec vous contre sa volonté en menaçant d’utiliser la force pour lui nuire ? »

2)    exploitation de l’état d’incapacité de la femme : « Avez-vous déjà essayé qu’une femme ait des contacts avec vous contre sa volonté en exploitant le fait qu’elle était incapable de résister ? »

3)    pression verbale : « Avez-vous déjà essayé qu’une femme ait des contacts avec vous contre sa volonté en utilisant des pressions verbales? »

Une version parallèle pour les femmes victimes sexuelles a été conçue avec les items correspondants suivants :

1)    force physique : « Est-ce qu’un homme a essayé d’avoir des contacts sexuels avec vous contre votre volonté en vous menaçant d’utiliser la force ? »

2)    exploitation de l’état d’incapacité de la femme : « Est-ce qu’un homme a essayé d’avoir des contacts sexuels avec vous contre votre volonté en exploitant le fait que vous étiez incapable de résister ? »

3)    pression verbale : « Est-ce qu’un homme a essayé d’avoir des contacts sexuels avec vous contre votre volonté en utilisant des pressions verbales ? »

La dernière partie du questionnaire contenait des questions à propos du contexte démographique ou de l’expérience sexuelle.

Globalement, les résultats de la deuxième partie de l’étude corroborent largement les conclusions de la première partie pour un échantillon plus âgé et avec plus d’expérience sexuelle.

Par ailleurs, les chercheurs ont pu qualifier les hommes d’agressifs ou de non-agressif selon les réponses qu’ils avaient données. Sur cette base, 80 hommes  ont été qualifiés de non-agressifs. Le statut de victime pour les femmes a été défini dans un mode parallèle, menant 40 participantes dans le groupe des victimes et 86 dans le groupe non-victimes.

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Après une série d’analyses statistiques, les chercheurs ont pu dégager un certains nombres de conclusions.

Tout d’abord,  les scores de risque dans les scripts individuels sont plus étroitement liés à une agression sexuelle que les scores de risque dans les scripts généraux.

Ensuite, les hommes agressifs sexuellement montrent une plus grande acceptation normative des éléments à risque des scripts sexuels et aussi une plus grande acceptation de l’usage de la force dans une relation sexuelle comparés aux hommes non-agressifs.

Les femmes victimes montrent un plus haut score de risque que les femmes non-victimes. Cependant, l’interaction supposée entre l’état de victimisation et le type de script n’était pas significative, et ne soutient pas que les scripts individuels seraient plus étroitement liés à l’état de victimisation que les scripts généraux.

Les dernières hypothèses prédisaient que les femmes victimes sexuelles révélaient un plus haut score de comportements à risque et montrait une plus grande acceptation normative des éléments à risque dans les scripts sexuels que les femmes non-victimes. Cela n’est absolument pas vérifié par l’étude.

Finalement, les femmes victimes montrent moins d’acceptation de l’usage de la force dans les relations sexuelles. Les femmes victimes montrent une plus faible acceptation de la force que les femmes non-victimes.

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Nous pouvons conclure que le rôle causal des scripts comme lignes directrices du comportement est prouvé dans les 2 études par le fait que les éléments à risque dans les scripts individuels et leur acceptation normative prédisent les mesures de comportement à risque 9 mois plus tard.

En outre, les participants qui possédaient dans leur script individuel, pour des relations consentantes, des éléments les mettant à risque ont été moins catégoriques pour exclure le recours à la force pour obtenir des contacts sexuels contre la volonté du partenaire.

De plus, les participants sexuellement agressifs avaient un plus grand score de risque dans leur script individuel pour des relations sexuelles consentantes que les participants non-agressifs et ils acceptaient aussi les comportements à risque comme normaux dans une plus large mesure. Alors que les 2 groupes de participants ne montraient aucune différence dans leur script général.

Nous remarquons donc que les éléments à risque et l’acceptation de la force dans les relations sont des éléments connectés d’une plus large représentation cognitive de la sexualité.

Une idée largement répandue, que les femmes précipitent l’agression sexuelle en se livrant à des comportements à risque, est démentie. Cela est très important car beaucoup de victimes ressentent une culpabilité.

« Des études réalisées aux Etats-Unis et au Canada estiment que seul 1 viol sur 5 aboutit au dépôt d’une plainte. En France, le nombre de viols réels serait 10 fois supérieur au nombre de plaintes enregistrées. (…) Parmi les raisons les plus souvent avancées pour expliquer les réticences des victimes à déposer plainte; il y a la crainte des représailles, le sentiment de honte, la crainte de voir sa parole mise en doute, la méconnaissance du processus judiciaire. (..) En Belgique, chaque jour, 7 viols sont commis!» (SOS Viol, n.d.)

Par ailleurs, les victimes et non-victimes ne diffèrent pas dans leur acceptation normative des éléments à risques.

Cependant, nous pouvons aussi évoquer les limites de l’étude.

Tout d’abord, la limite de cette recherche se trouve dans le nombre relativement faible de participants sexuellement agressifs dans la seconde partie de l’étude.

Ensuite, étant donné le jeune âge des participants, la taille de l’échantillon n’est pas assez grande pour contenir une importante proportion d’hommes sexuellement agressifs.

En outre, les prédictions longitudinales étaient difficiles à tester car la proportion de participants qui ont commis ou subis une agression sexuelle entre T1 et T2 était trop petite que pour pouvoir généraliser une observation.

De plus l’étude présentée se restreint aux relations hétérosexuelles et considèrent les rôles traditionnels de l’homme et de la femme : l’homme en tant qu’auteur et la femme en tant que victime. « Même si les témoignages restent rares sur les forums, quelques victimes osent raconter leur calvaire sur des sites anglophones. Dans la plupart des cas, l’alcool est la principale cause de l’agression, les hommes ayant un tel taux d’alcoolémie qu’ils en deviennent vulnérables. Mais ça n’explique pas tout.

On estime entre 7 à 10 % le nombre d’hommes ayant subi des violences sexuelles au cours de leur vie en France. (…) Bien que 93% des viols touchent les femmes, il serait tant que l’omerta sur les agressions sexuelles soit brisée chez les victimes masculines. (Femme Zoom, n.d.)

Enfin, on peut se demander quelles sont les finalités sociales, éducatives de cette étude.

Cette étude permet de modifier la représentation cognitive des individus par rapport aux interactions consentantes avec une attention sur les facteurs connus qui sont liés au risque d’agression sexuelle. Elle peut aider la prévention du viol en prévenant les facteurs de risque.

Puis, elle amène les adolescents à gérer leurs relations sexuelles consentantes d’une manière plus responsable.

Tous ces éléments réunis peuvent participer à la réduction de la probabilité d’agression sexuelle.

Basé sur :

“An affair to remember: The role of sexual scripts in perceptions of sexual intent” LENTON, ALISON P. – BRYAN, ANGELA

Bibliographie :

Source des images :

  • Party in Barcelona. (2007). Retrieved from

http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Party_hard.jpg

STAPLES CENTER, 22 janvier 2006 – De notre correspondant A. G.

Où étiez-vous le 21 juillet 1969 ? Que faisiez-vous le 9 novembre 1989 ?

Voici les questions auxquelles les anciens, et les moins anciens d’entre nous connaissent la réponse. Le basket-ball, lui aussi, a désormais sa date-référence. Le 22 janvier 2006. Cette nuit, Kobe Bryant a marqué de sa massive empreinte (il chausse du 49) l’histoire de la National Basketball Association, la ligue majeure américaine. Durant sa longue et fructueuse carrière, Phil Jackson, l’entraîneur légendaire de la non moins légendaire franchise or et violet de Los Angeles, a été le témoin privilégié de rencontres rocambolesques, extraordinaires, prodigieuses, des matchs sui generis, comme seul le showtime américain sait en produire.

Mais cette nuit était différente. Bien sûr, Wilt Chamberlain, avant Kobe, avait marqué 100 points en une seule rencontre. Mais c’était en 1962. La NBA était différente à bien des égards. Phil Jackson a joué contre Wilt. Il a entrainé Michael Jordan. Il n’avait jamais vu un match pareil.

Kobe, Kobe, Kobe. Les commentateurs s’égosillent, les yeux s’écarquillent, les ballons tombent au fond des paniers. Irrémédiablement. Comme pipée, cette balle orange n’a de cesse de suivre une trajectoire courbe. Qu’importent les fautes des pauvres témoins de Toronto, simple auditoire d’une partition jouée en solo. Kobe a tiré avec une efficacité redoutable, à 28/46 (61% de réussite). Il a marqué 67% des points de son équipe. Smush Parker a bien essayé de marquer quelques points, mais tout le stadium l’a compris. Les « passez-lui la balle » se mêlent aux « MVP, MVP » (Most Valuable Player, meilleur joueur de la ligue) repris par un Staples Center entièrement voué à sa cause. Ce soir, Kobe a joué aux dés, Kobe a gagné. Il avait la hot hand. Voyez plutôt la répartition des points par membre des deux équipes :

Fig. 1. Points par joueur des Toronto Raptors

Fig. 2. Points par joueur des Los Angeles Lakers

Et pourtant, Einstein l’a dit : « Dieu ne joue pas aux dés ». Combattant la théorie naissante d’un monde physique gouverné par la contingence, Einstein refuse l’idée même d’un univers instable. Il valide la continuité de la réalité, refusant de se confronter à l’existence probabiliste que lui opposent les scientifiques de l’époque.

Il paraît que notre esprit n’est pas suffisamment adapté pour comprendre le hasard. Il paraît que même le cerveau d’Einstein n’était pas suffisamment adapté pour comprendre le hasard. Cela ne signifie pas non plus que nous ne croyons qu’au destin. Cela voudrait plutôt dire que nous sommes enclins à croire qu’une suite d’évènements positifs provoquera un autre événement positif, une corrélation si vous préférez. Ce processus est bien ancré au fond de nous-même, il est difficile de s’en dépêtrer, il a grandi avec nous, il évolue avec nous. Des auteurs abondent en ce sens et expliquent que face à des choix dichotomiques, l’homme préhistorique a souvent fait appel à la fréquence de certains évènements pour assurer sa survie. Prenons l’exemple du ravitaillement : dans une civilisation fort fort lointaine, pourquoi pas les chasseurs-cueilleurs, l’homme, avec force et courage et pour nourrir sa meute, quitte le logis dès l’aube en quête… de baies sauvages (pendant que Madame range les caleçons de Monsieur). Si l’homme doute de la comestibilité de baies violettes, il n’a d’autre choix que de se référer à ses connaissances antérieures pour connaître les conséquences qu’entrainerait la digestion de ces baies et surtout pour prendre sa décision : Manger ou Pas manger ?

L’hypothèse de Wilke et Barrett (2009) est de dire que la hot hand est l’adaptation de notre mode de pensée à un environnement où les éléments sont principalement auto-corrélés. Il est vrai qu’on peut observer dans la nature des relations flagrantes comme celle qui lie la faune à la flore : nous aurons plus de chance de croiser diverses variétés d’animaux dans une forêt que dans un désert. L’homme, dans son long voyage à travers l’évolution, a dû s’adapter à son environnement et donc apprendre ces corrélations. C’est ce qui expliquerait, toujours selon Wilke et Barrett, qu’aujourd’hui encore nous avons tendance à nous baser sur des événements produits pour prendre nos décisions. Un peu à la manière d’Han Solo qui peut sentir le danger d’une situation avant son effectif déroulement, se basant sur les expériences précédentes. « I have a bad feeling about this », qu’il dira.

Le phénomène de la hot hand a engendré une grande littérature assez bien départagée : il y a ceux qui, comme Gilovich, ne voient en la hot hand qu’un processus fallacieux de notre esprit (entrainée par l’heuristique de représentativité qui est largement explicitée dans les contributions précédentes : « sa tête et son comportement ne m’inspirent pas confiance » ou « pourquoi la justice n’est-elle pas équitable pour tous » pour ne citer que les plus récents) ou comme Camerer, Loewenstein et Weber (1989), qui considèrent que la quantité d’information n’est pas relative à une prise de décision adéquate (il existe une expression qui illustre parfaitement cette idée : la malédiction de la connaissance). Sous cette catégorie, il sera facile d’y rencontrer Nassim Nicholas Taleb pour qui « le fait de prendre une observation naïve du passé pour quelque chose de définitif ou de représentatif du futur est la seule et unique raison de notre incapacité à comprendre la Cygne Noir » (Taleb : 74). Et puis il y a ceux qui croient dur comme fer à la hot hand.  Abondant en la croyance des fans de Kobe Bryant, nombreux sont les chercheurs qui tentent de prouver l’existence du phénomène.

L’axiome généralement suivi par les théories évolutionnaires et surtout néo-darwiniennes est que l’émergence du langage s’est faite dans un contexte relativement altruiste. Le comportement adopté par l’homme était coopératif. Reprenons notre valeureux chasseur-cueilleur évoqué plus haut, toujours en proie au doute face à la comestibilité des baies violettes. Un inconnu passe à ce moment-là et lui conseille de manger ces baies.

La question qu’on peut alors se poser est la suivante : comment en vient-on à croire ce qu’on nous dit ? Ce domaine de la psychologie sociale a été largement recouvert par de nombreuses études, notamment celle de Kissine et Klein (2012), pour qui le fait de croire aux informations communiquées est une activité ordinaire à la base même de l’interaction sociale.

Pour résumer très grossièrement la position de ces auteurs, lorsqu’une information est communiquée (« ces baies sont comestibles »), l’auditeur (notre homme préhistorique) la croit aussitôt qu’il l’a comprise ; il s’agit d’une perception aussi directe que la perception visuelle. Ce mécanisme de transmission de l’information est appelé Direct Perception Model (que l’on peut traduire sans prendre trop de risque par « modèle de perception directe »). Le long et parfois laborieux processus de compréhension des intentions n’est pas réalisé par l’homme dans un premier temps. En d’autres termes, lorsque l’individu dit « ces baies sont comestibles » avec l’intention première que l’homme cueille et mange ces baies, celui-ci va directement  enregistrer l’information « ces baies sont comestibles » comme vraie sans interpréter l’intention de l’individu.

Autant dire tout de suite que si l’intention de l’individu était d’empoisonner notre homme, il faudra à celui-ci une certaine énergie pour démentir l’information ; il lui faudra « mobiliser plus de ressources cognitives » (pour employer le jargon cognitiviste).

Si l’on prend en compte ce modèle de perception directe qui, comme on l’a vu, demande à l’homme de se creuser les méninges pour corriger à chaque fois les informations fausses qui lui sont communiquées, on peut imaginer qu’il ait au fil du temps éprouvé le besoin d’employer des raccourcis. Ces raccourcis, cognitifs pour la plupart, permettent à l’homme non seulement de prendre des décisions rapidement mais aussi, et là nous rejoignons l’hypothèse de Wilke et Barrett, de s’adapter.

Remettons nous en situation de la cueillette de baies sauvages : « ces baies sont comestibles ». La première étape est la croyance directe de l’information et ce en vertu du modèle de perception directe. La deuxième étape comporte plusieurs alternatives :

  1. Il mange les baies sans même se poser de question (ce qu’on peut voir comme un comportement instinctif et irraisonné) ;
  2. Il commence un long processus d’interprétation ;
  3. Il se dit que, par le passé, cet individu lui a souvent fourni des informations valables. Il décide de valider l’information et cueille les baies l’esprit tranquille.

Le processus mental de l’alternative numéro 3 est le plus probable, si l’on suit l’idée de Wilke et Barrett, et aurait façonné le mécanisme cognitif humain tel qu’on le connaît aujourd’hui. L’homme a pris sa décision en prenant en compte la suite d’événements positifs qui a précédé cette situation. La suite d’événements correspond ici à l’ensemble des informations confirmées proposées par l’individu.

C’est dans ce contexte psychologique que serait, toujours selon Wilke et Barrett, apparu le phénomène de hot hand. Mais une de leurs hypothèses que nous aimerions illustrer ici est que ce phénomène apparait plus facilement lorsqu’il s’agit d’items naturels plutôt que d’items artificiels. Pour ce faire, les auteurs ont demandé à leurs sujets, à partir d’un jeu sur ordinateur, d’émettre des prédictions sur la probabilité d’apparition, d’une part, de fruits dans un arbre (naturel) et d’autre part d’arrêts de bus dans une ville (artificiel). On leur demandait également d’évaluer la probabilité de tomber sur pile (ou face) en lançant une pièce de monnaie. Cette dernière tâche est facilement perçue comme aléatoire. Voici les résultats obtenus (en ordonnée la probabilité que l’événement dépendent du hasard) :

Fig. 3. Répartition des probabilités en genre et domaine (Wilke et Barrett)

Les résultats mettent en évidence l’hypothèse avancée par Wilke et Barrett selon laquelle nous évitons de prendre nos décisions de manière hasardeuse et ce plus encore dans un milieu naturel. Le jeu de pile ou face nous semble effectivement aléatoire, l’apparition d’arrêts de bus dans une ville l’est un petit peu moins, mais reste significativement plus incertaine que l’apparition de fruits dans un arbre. Le caractère naturel de la hot hand renforce l’idée selon laquelle le phénomène est un « réglage par défaut » ancré dans notre mode de pensée, et qui doit être désappris dans le cas d’évènements entièrement hasardeux. Ainsi, quand Einstein a dit « Dieu ne joue pas aux dés », Bohr lui aurait simplement répondu : « Qui êtes-vous, Einstein, pour dire à Dieu ce qu’il doit faire ! ».

(Source : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/94/Niels_Bohr_Albert_Einstein3_by_Ehrenfest.jpg)

Références :

Kissine, M & Klein, O. (2012). Models of communication, epistemic trust and epistemic vigilance. To appear in Janos Laszlo, Joe Forgas, & Orsolya Vincze (Eds.). Social Cognition and Communication. New York : Psychology Press.

Klein,O.( 2012) .Cognition sociale. Syllabus, Université libre de Bruxelles , Bruxelles.

Taleb, N. N. (2011). Le cygne noir : la puissance de l’imprévisible. Les Belles Lettres, Paris.

Wilke, A & Barrett, H. C. (2009). The hot hand phenomenon as a cognitive adaptation to clumped resources. Evolution and Human Behavior, 30, 161-169.

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Source : http://s3.hubimg.com/u/2342594_f260.jpg

“Tu lances comme une fille!” Vous avez vraisemblablement déjà entendu cette expression ou l’une de ses variantes.  Peut-être même avez-vous vous-même prononcé ces mots à quelques reprises… Nous utilisons souvent cette expression pour signaler à une personne de sexe masculin – ou féminin-(!) qu’elle a eu une performance qu’on qualifierait de mauvaise.  En effet, c’est une phrase assez commune mais est-elle vraiment sans danger ? Je ne pense pas.  Elle suggère non seulement que les filles lancent mal mais on pourrait même aller plus loin pour dire qu’elle sous-entend une idée selon laquelle les filles ne seraient pas douées pour le sport en général. Une idée pareille peut faire des ravages!

Nous en savons maintenant un peu plus sur les stéréotypes grâce aux diverses contributions sur ce blog et nous pouvons admettre qu’elles peuvent avoir une influence remarquable sur la performance. De nombreuses études, dont une sur la performance de noirs américains à un test de capacité verbale standardisé (Steele & Aronson, 1995), ont montré qu’une personne qui se sent stéréotypée négativement lors d’une tâche tend à réussir moins bien la tâche en question. Il s’agit là de la théorie de la menace du stéréotype. Celle-ci sous-entend qu’un individu d’un groupe stigmatisé peut s’inquiéter de voir se confirmer un stéréotype négatif à son égard dans un contexte de performance à une tâche.  Cette inquiétude peut, ensuite, avoir une influence négative sur sa performance. Ces petites étiquettes ont un pouvoir immense sur notre processus de pensée, nous pourrions dès lors nous demander comment  la présence d’une multitude d’indices de menace de stéréotypes influencerait la performance.

J. Stone et C. McWhinnie (2008) se sont penchés sur cette question et ont réalisé une expérience qui devrait nous aider à avancer dans notre compréhension de cet aspect de la cognition sociale. Ils se sont basés sur l’hypothèse que les indices de menace de stéréotype peuvent être d’une part flagrants comme dans le cas où l’expérimentateur énonce clairement que le groupe dont l’individu fait partie a généralement une moins bonne performance.  D’autre part, ils peuvent être subtils comme, par exemple, lorsque l’expérimentateur appartient à un groupe externe à celui du sujet. Ce sont les indices utilisés dans l’expérience que l’on examinera ici.

Les expérimentateurs se sont intéressés aux différents processus par lesquels les indices flagrants ou subtils de stéréotype seraient susceptibles de modeler la performance. Ceci dans le but de savoir si ces processus sont indépendants l’un de l’autre, s’ils fonctionnent plutôt en tandem ou si un indice, notamment celui de nature flagrante, dominera et sera traité de façon exclusive.

Les indices de stéréotype subtils sollicitent une partie des ressources attentionnelles et émotionnelles d’un individu qui lui tentera de réduire l’incertitude sur l’existence du stéréotype négatif sur sa personne ou son groupe. En d’autres termes, les indices subtils affecteraient la concentration et, par conséquent, la performance à la tâche sera réduite. Quant aux indices flagrants de stéréotype, ils conduiraient l’individu à se focaliser sur l’évitement d’erreurs pour ne pas confirmer le stéréotype négatif dont il connaît l’existence. Nous pourrions penser que ceci devrait plutôt améliorer la performance mais selon J. Stone et C. McWhinnie, les stratégies d’évitement de l’échec interféreraient avec l’exécution des compétences nécessaires à la réalisation de la tâche et auraient donc un effet négatif sur la performance.

Les chercheurs se sont par ailleurs intéressés à l’effet de ces stéréotypes négatifs sur la performance des athlètes féminins. Nous savons de par une contribution précédente qu’il existe un stéréotype négatif sur les athlètes Blancs Nord-américains mais ceci est particulièrement vrai pour les athlètes féminins. L’article de J. Stone et McWhinnie étudie les stéréotypes négatifs sur les capacités sportives liés à lethnicité mais aussi et surtout au genre.

Les expérimentateurs ont testé 110 jeunes femmes caucasiennes qui étaient toutes des joueuses occasionnelles de golf dans une condition de menace de stéréotype subtile (l’expérimentateur est un homme) et dans une condition de menace de stéréotype flagrante (la présence d’inégalités entre sexes ou ethnicités est clairement énoncée lors des instructions).  L’expérience s’est déroulée dans le cadre d’un jeu de golf miniature ou minigolf. Le but du jeu est de faire rentrer la balle dans le trou avec le moins de coups possible. Avant chaque piste, les participantes ont aussi dû prédire le nombre de coups dont elles auraient besoin pour faire rentrer la balle dans le trou.

 Quelques résultats intéressants :

  • Le nombre de coups nécessaires pour compléter chaque piste augmente dans la condition de menace de stéréotype négatif flagrante liée au sexe. Voir la Figure 1.

Un nombre plus élevé indique une performance plus faible. Notez que ce nombre est bien grand quand le test mesure des différences liées au genre.  Image

Figure 1.  Average number of achieved and expected strikes required to complete the course for the blatant threat cue conditions

  • La précision lors du dernier coup diminue avec la menace de stéréotype subtile liée au sexe. La précision des participantes diminue quand l’expérimentateur était un homme. Un nombre plus petit indique une précision plus grande (un trou plus petit).

Image

Figure 2.  Average number of achieved and expected accuracy on the last putt of each course layout for the subtle threat cue conditions

Légende : l’abscisse désigne le sexe de l’expérimentateur et l’ordonnée la largeur du dernier trou.

  •  Les participantes ont également prédit qu’elles auraient besoin de plus de coups pour compléter les pistes dans la condition où le test mesurait les différences entre sexes.

Les deux types d’indices influenceraient donc le comportement de façons différentes mais que se passe-t-il s’ils  sont présents en même temps?

Lorsque les deux types d’indices de menace de stéréotype négatif sont présents lors d’une tâche, chaque signe provoque un mécanisme indépendant qui influence le comportement. Ceci confirme la prédiction des auteurs selon laquelle les indices de menace de stéréotype flagrants et subtils fonctionnent selon un modèle à processus duel. Un indice flagrant entraîne des stratégies de prévention qui rend les sujets plus prudents et limite leur performance. Cependant, un indice subtil va causer une concentration moindre en touchant la mémoire du travail. Ces deux processus séparés ont le même résultat final qui est de diminuer la qualité de la performance mais ils n’agissent pas sur le même aspect du comportement.

Actuellement, les femmes sont encore sous-représentées dans beaucoup de domaines professionnels. Elles occupent aussi moins de postes administratifs et de management que les hommes et on ne voit toujours pas assez de femmes ingénieurs ou mathématiciennes. Dans le domaine du sport, les femmes sont très souvent comparées aux hommes de façon négative. Les équipes sportives féminines ne reçoivent pas beaucoup d’aide financière et ne captivent pas l’attention des médias comme les équipes masculines. De plus, il y a une croyance générale selon laquelle les femmes seraient moins athlétiques que les hommes. Il est clair que les expressions telle celle vue précédemment ne doivent pas beaucoup aider!

Les résultats de cette expérience sont importants pour les recherches sur la manière de réduire l’effet des stéréotypes négatifs chez plusieurs groupes.

Pour conclure, selon Stone et McWhinnie, le modèle à processus duel  conduit à penser, qu’à chaque fois qu’un individu stigmatisé tente d’accomplir quelque chose, il est amené à affronter simultanément de nombreuses menaces à l’encontre de son identité sociale !

La phrase suivante de Kierkegaard  prend alors tout son sens : « Once you label me, you negate me.»                         .

Références

Stone, J. & McWhinnie, C. (2008).Evidence that blatant versus subtle stereotype threat cues impact performance through dual processes. Journal of Experimental Social Psychology, 44, 445-452

Steele, C. M., & Aronson, J. (1995). Stereotype threat and the intellectual test performance of African Americans. Journal of Personality and Social Psychology, 69, 797-811.

Et si une étude scientifique vous révélait un jour que vos faits et gestes ne découlent pas nécessairement d’une décision prise consciemment ? Que penseriez-vous si vous appreniez que cette conviction d’avoir le contrôle sur vos actions s’avérait être  un leurre ? Seriez-vous rassuré d’apprendre qu’en fait votre inconscient vous réserve bien plus de mystères que vous ne l’imaginez ?

En effet, les stimuli présents dans notre environnement inhérent peuvent permettre à notre inconscient d’exercer une influence considérable sur nos comportements. En outre, la perception de tous les traits du prototype stéréotypé n’est pas indispensable  pour catégoriser un individu quelconque. Prenons le cas où nous nous retrouvons dans une ruelle déserte à une heure assez tardive face à deux individus totalement différents : l’un étant un homme tatoué, au regard froid et ayant des cicatrices sur le visage, et l’autre une dame âgée promenant son chien. Nous aurions tendance à nous diriger d’emblée vers la deuxième personne si nous souhaitons demander notre chemin. Cela s’explique, comme le suggère Blair (2002) par le fait que l’activation des stéréotypes est automatique : lorsque nous catégorisons une personne nous ne pouvons pas nous empêcher d’activer une représentation stéréotypée de la catégorie dont elle fait partie. Ainsi, dans la situation ci-dessus l’homme présenté est catégorisé comme étant dangereux, et ce, malgré l’absence d’actes violents de sa part.

Le traitement sensoriel des informations présentes dans notre environnement  nous engage à établir un lien étroit entre ces «raccourcis cognitifs» plus communément connus sous le terme de stéréotypes  et ce processus cognitif qu’est la catégorisation. On en vient à se demander si « le simple fait d’assigner un individu à une catégorie sociale implique automatiquement l’activation des représentations stéréotypées qui lui sont associées ?».

Il faut évoquer ici le fait que cette notion « d’automaticité d’activation des stéréotypes » a été au cœur de nombreux colloques ces dernières années et qu’un grand nombre de recherches sont en faveur de cette perspective d’activation automatisée qui a lieu lorsqu’on perçoit un individu et qu’on l’associe à une certaine catégorie stéréotypée (Devine, 1989 ; Bargh et al., 1996 ; Bargh,).

Selon Devine (1989), le biais d’un effort conscient pourrait permettre aux personnes  ayant un faible niveau de préjugé d’éviter de mettre en place l’application de ce stéréotype activé. Néanmoins, cette inhibition du stéréotype peut présenter un effet inverse par rapport au résultat attendu car une fois que l’attention de l’observateur n’est plus focalisée sur cet aspect de suppression de stéréotype, celui-ci pourrait se manifester par une réactivation stéréotypée plus vigoureuse ( Macrae,Bodenhausen,Milne, & Jetten, 1994).

Cependant, il est nécessaire de souligner que cela ne fait pas l’unanimité auprès de tous. En effet, certains stipulent que l’activation du stéréotype  n’a lieu qu’en présence  d’une mobilisation satisfaisante de ressources attentionnelles (Gilbert et Hixon, 1991).

Une autre approche (Macrae et al. (1997) émet  une condition  à l’activation automatisée du stéréotype qui est celle du traitement sémantique de l’information perçue. Cela signifie que cette information doit avoir un sens social et fera donc l’objet d’un traitement sémantique.

Nous retrouvons aussi le modèle de Moskowitz et Ignarri (2009) qui remet en question cette notion d’activation exclusivement automatique des stéréotypes culturels par  le fait que certaines personnes seraient animées par des intentions de jugement égalitaire spontané voire même inconscient de l’exogroupe. Ce dessein de vouloir juger les autres de manière équivalente aux membres de son propre groupe d’appartenance pourrait se relever être un piège s’il active des stéréotypes culturels péjoratifs vis-à-vis de l’autre groupe, mais il y a tout de même la présence d’un système cognitif de régulation qui éviterait cette issue défavorable.

En d’autres termes, l’activation de ces raccourcis cognitifs se résume au simple fait d‘y penser, mais poussons la réflexion un peu plus loin… Le processus s’arrête-t-il là ? L’activation du stéréotype n’aurait-elle pas de conséquences ? bien sûr que si ! Une fois le stéréotype activé, celui-ci peut influencer le comportement car il est devient utilisable, accessible à notre cognition. Par ailleurs, précisons tout de même que ceci n’est pas une évidence dans tous les cas. Le stéréotype peut être exploité comme il pourrait ne pas l’être malgré son activation. Malheureusement, l’impact du stéréotype sur notre comportement peut s’avérer désastreux comme le montre l’évènement tragique de février 1999 : Amadou Diallo, un jeune d’origine africaine fut criblé de balles par des policiers new-yorkais car ces derniers pensaient que la victime allait brandir une arme alors que ce n’était en fait que son portefeuille. Ici, le fait que ce jeune était noir activa chez les policiers le stéréotype du « délinquant dangereux », stéréotype qui eut une conséquence sur l’identification de l’objet ainsi que le comportement qui s’en suivit.

Nous allons à présent nous pencher sur le fait que des attitudes correspondant aux traits du stéréotype activé peuvent être suscitées par une influence automatique de ce stéréotype. En effet, il y aurait un lien entre les représentations mentales et le comportement. Ceci est ce qu’on appelle l’action idéomotrice : nous comporter dans le même sens que le comportement auquel nous pensons. Nous pourrions prendre cela comme une sorte d’amorce, de déclencheur. Il s’agit en fait d’utiliser les représentations les plus accessibles en mémoire.  On parle d’un effet d’assimilation ou d’imitation. La pensée d’un comportement particulier augmente donc la probabilité de la réalisation de celui-ci de manière passive. Il faut, en outre, savoir que les comportements affectés peuvent être divers. Plusieurs études montrent effectivement l’influence des stéréotypes sur le plan interpersonnel, le plan de performance intellectuelle, et le plan moteur. C’est ce dernier qui est mis en avant dans cet article où nous allons vous présenter une expérience effectuée en contexte sportif. Le but est de démontrer que les sujets n’échapperont pas à l’influence du stéréotype qui leur sera induit, malgré ce cadre particulier qui se distingue des laboratoires et le fait qu’ils possèdent durant l’expérience un but de performance. En pratique, l’activité sportive choisie pour le déroulement de cette étude est le lancer de balle lestée. Cet exercice sollicitant aptitudes de conditions physiques et coordination consiste à lancer une balle de 500g le plus loin possible sans avoir pris d’élan.

ψ    Déroulement

Cette expérience, en plus du fait d’être menée dans un contexte sportif, a pour particularité de vérifier l’hypothèse d’une corrélation directe entre l’activation du stéréotype et un comportement en milieu sportif. Contrairement à l’expérience reprise dans le billet de quinterocatalina (7 décembre 2012), ici,  les sujets ne sont pas sous l’effet de menace du stéréotype étant donné le fait qu’ils ne sont pas concernés par la catégorie sur laquelle porte le stéréotype. On s’attendrait, ainsi, à des performances qui ne sont pas influencées par celui-ci. «  Les stéréotypes ne sont alors pas choisis pour leur degré d’applicabilité quant aux participants, mais pour leur applicabilité au comportement sportif mesuré (Higgins, 1996) ».

Plus concrètement, selon l’hypothèse nous nous attendons à voir de meilleures performances de lancer de balle lestée chez les participants ayant été confrontés à l’activation du stéréotype catégorisant les basketteurs (groupe 1)  et de moins bons résultats chez les participants exposés au stéréotype catégorisant les personnes âgées (groupe 2). Notons que le choix de ces deux catégories distinctes fut stratégique. Cela car la population perçoit les  basketteurs  comme étant qualifiés dans le domaine sportif, et inversement pour les personnes âgées qui sont perçues comme n’étant pas adaptées aux activités sportives.

Pour démontrer cette hypothèse, 48 participants masculins ont été choisis parmi des étudiants en première année de sciences du sport dans une université parisienne. D’ailleurs, l’expérience se déroule au sein même de cette université dans un stade de sport comprenant l’atelier de lancer de balle lestée. Aléatoirement, les étudiants ont été exposés soit à l’amorçage du stéréotype des personnes âgées soit à celle des basketteurs. Précisions, que leur niveau sportif dans cette activité de lancer de balle est relativement équivalent entre eux.

Deux évaluations sportives sont réalisées à une semaine d’intervalle :

–  Une avant l’activation du stéréotype (phase de lancer pré-test) afin de pouvoir prendre en compte la grande  fluctuation des performances interindividuelles. Les participants sont conscients d’être évalués sur le lancer et ont donc tous le même but qui est de lancer le plus loin possible cette balle en sachant que leur meilleur résultat sur les deux lancers permis serait pris en compte.

–  Et une seconde évaluation après activation du stéréotype (post-test).

Une semaine après leur première phase de lancer, leur a été présenté une étude portant sur  « l’influence du contexte sur la mémoire des personnes », visant à activer le stéréotype des personnes âgées vs. des basketteurs (phase d’activation). Celle-ci consistait à remplir un questionnaire sur l’une des catégories. Plus précisément, on leur demandait d’attribuer un maximum  de caractéristiques  (des traits, adjectifs ou autres) à la catégorie des personnes âgées ou des basketteurs, dans un délai prescrit de trois minutes. Pour cela, ils disposaient d’une feuille sur laquelle était présentée une vingtaine de phrases à compléter de type « Les personnes âgées sont … » ou « Les basketteurs sont … ». Remarquons que cette procédure induit deux types d’amorçage différents : l’un  étant un amorçage par répétition suite à l’exposition de la même phrase (20 fois) reprenant le nom de la catégorie cible, et l’autre étant un amorçage de production par  le fait qu’ils fournissaient eux-mêmes des mots-traits liés à la catégorie présentée.

Ensuite, une deuxième étude sur « l’autoévaluation de performances sportives » leur est présentée,  qui elle servira à  s’assurer que les étudiants n’aient pas fait de rapprochement entre les deux phases. De ce fait,  les participants croient passer deux études totalement indépendantes. Et, par précaution, l’expérimentateur n’était présent que lors de la première étude impliquant l’activation des stéréotypes, tandis que les phases d’évaluation de lancer étaient dirigées par des enseignants de l’université.

ψ    Observations

Tout d’abord, soulignons que le questionnaire post-expérimental a pu confirmer que les participants n’avaient établi aucun lien direct entre la phase d’activation du stéréotype et la deuxième phase de lancer.

Ensuite, en ce qui concerne les résultats des performances de lancer de balle lestée, nous constatons que, de manière intra-individuelle, il y a une différence significative entre les performances collectées dans le premier lancer et celles du deuxième : nous remarquons que l’activation du stéréotype lié aux personnes âgées a mené à une diminution de performance de 2,7 % en moyenne pour une grande majorité du groupe 2 ( 67%), et qu’à l’inverse, l’activation du stéréotype lié aux basketteurs a induit une amélioration moyenne de 5,8 % de la performance en lancer pour 62% des sujets du groupe 1. De plus, les données démontrent également l’influence de  la phase d’amorçage sur les performances au lancer de balle. En effet, nous observons que les sujets ayant été exposés au stéréotype des personnes âgées ont obtenu des performances moins élevées que ceux confrontés au stéréotype des basketteurs.

Ce graphique illustre la différence moyenne de performance (en %) entre le premier lancer (prétest) et le second lancer (posttest) selon le stéréotype activé. Un score positif indique une amélioration de la performance et un score négatif indique une diminution de la performance entre le pré-test et le posttest.

ψ    Que pouvons-nous en déduire ?

L’objectif de cette étude était de mettre en évidence l’existence d’une influence directe de l’activation d’un stéréotype sur un comportement sportif dans un contexte où les sujets poursuivent un but de performance. Les résultats récoltés montrent qu’il y a bel et bien un effet de l’activation de stéréotype sur le comportement sportif des sujets.

En outre, un phénomène d’assimilation (ou imitation, Bargh et Chartrand, 1999) est en accord avec la spéculation des auteurs selon laquelle la présentation d’une catégorie stéréotypée a un impact sur la performance sportive dans un sens conforme au contenu du stéréotype.

Par ailleurs, les résultats de cette étude concordent avec la théorie du comportement automatique, processus ne demandant qu’un effort minimum et possédant un aspect automatique et autonome qui n’est pas déclenché de manière intentionnelle mais inconsciente.

Cette  relation directe entre la perception activant un stéréotype et le comportement peut nous permettre de généraliser cet effet automatique à un comportement quelconque. Ceci a déjà été observé il y a de cela plus d’une dizaine d’années par le triste fait divers de février 1999 ou encore par l’étude de Bargh, Chen et Burrows,(1996) qui consistait à soumettre un premier groupe de participants à une  série de mots contenant des termes associés au stéréotype de la personne âgée  et un second groupe à une liste ne contenant aucun lien avec ce stéréotype. Le but visé par les expérimentateurs était d’évaluer l’effet de l’activation ou non du stéréotype de la personne âgée dans l’esprit du participant de manière inconsciente et indirecte. Les résultats ont montré que l’activation de ce stéréotype a permis de mettre en évidence le fait que les participants marchaient plus lentement en se dirigeant vers la sortie de la pièce comme s’ils  s’étaient comportés «comme une personne âgée» et donc montrent clairement une  activation de ce stéréotype.

ψ    Implications des résultats obtenus

Ces connaissances sur le comportement automatique peuvent être utilisées dans le domaine sportif comme moyen d’améliorer les performances motrices individuelles et la capacité à atteindre un objectif précis.

D’ailleurs, ce lien entre les pensées et le comportement n’est pas étranger aux entraîneurs sportifs et athlètes qui utilisent couramment des méthodes d’imagerie mentale (Ungerleider et Golding, 1992) qui est une stratégie faisant appel à des aspects concernant un objet ou évènement non présent dans notre champ visuel (Denis, 1985 ; Murphy et Jowdy, 1992). Par exemple, «  Gould et al. (1980) montrent que le recours à des stratégies d’imagerie ou d’activation a des effets significativement positifs sur la performance à une tâche d’haltérophilie. »  D’autres auteurs encore  (Woolfolk et al., 1985) montrent que  les performances en golf sont améliorées quand l’imagerie mentale est positive et diminuées quand il s’agit d’imagerie négative.

De récentes études en psychologie et neurophysiologie se sont intéressées à cette technique d’entrainement mentale et lien entre les représentations mentales et les réactions physiologiques et/ou musculaires. Le simple fait de penser à des actes moteurs tels que  sauter, nager, courir ou autre, suscite des modifications neurophysiologiques (activation neuronale, fréquence cardiaque, etc.) identiques à celles produites lors de l’accomplissement de ces mêmes actes (Decety et al., 1991).

Les possibles conséquences de ces représentations mentales au niveau du comportent vont dans le sens des résultats obtenus dans l’étude présentée ci-dessus.

Au final, l’activation des stéréotypes en mémoire joue un rôle non négligeable sur l’issue de l’action que nous souhaitons exécuter. La présence de cette notion d’inconscient ne nous permet pas d’avoir le contrôle total sur ce que nous accomplissons. Au-delà de nos choix personnels, des mécanismes automatiques utilisant les stéréotypes accessibles en mémoire participent à la concrétisation de nos comportements dans notre environnement. En fait, les stéréotypes prennent le rôle d’une consigne implicite qui peut avoir un impact favorable ou non sur l’objectif visé. Cette étude ouvre des pistes intéressantes pour de futures recherches comme le fait de savoir quels sont les mécanismes par lesquels la perception d’un individu ou d’un groupe d’individus influence le comportement sportif.

« L’homme est le lieu des faits qu’il contrôle et de ceux qu’il ne contrôle pas. »

Références :

*    http://www.colourbox.com/preview/1649763-261132-vector-illustration-of-businessmen-marionette.jpg

*   Leyens,J.-P.( 2012). Sommes-nous tous racistes? : Psychologie des racismes ordinaires. Wavre : Mardaga

*   Klein,O.( 2012) .Cognition sociale. Syllabus, Université libre de Bruxelles , Bruxelles.

*    Follenfant,A.,Légal, J.-B.,Dit Dinard, F.M.,Meyer,T.(2005). Effect of stereotypes activation on behavior: An application in a sport setting [Effet de l’activation de stéréotypes sur le comportement: Une application en contexte sportif] .Revue Européenne de Psychologie Appliquée, Vol 55, 121-129

*    http://www-scopus-com.ezproxy.ulb.ac.be/record/display.url?eid=2-s2.0-19144364523&origin=resultslist&sort=plf-f&src=s&st1=+Effect+of+stereotypes+activation+on+behavior%3a+An+application+in+a+sport+setting&sid=1BA5E6D2DBCC7B2517E02BE23A5441F6.iqs8TDG0Wy6BURhzD3nFA%3a90&sot=q&sdt=b&sl=100&s=TITLE-ABS-KEY-AUTH%28+Effect+of+stereotypes+activation+on+behavior%3a+An+application+in+a+sport+setting%29&relpos=0&relpos=0&searchTerm=TITLE-ABS-KEY-AUTH

 

photo cognition sociale

Avez vous lu le roman « le bûcher des vanité » de Tom Wolfe ? Ce livre relate l’histoire de Sherman McCoy, un riche financier de Wall Street marié et père de famille. Un jour, il se rend à l’aéroport pour chercher sa maitresse. Sur le chemin du retour, il se trompe de sortie et se retrouve en plein cœur du Bronx, dans un cul de sac. Rapidement deux Afro-Américains s’approchent de la voiture. Sa maitresse et lui atteignent un état de tension intense qui les pousse à démarrer et renversent l’un des noirs. Pourquoi une telle angoisse ? Est ce que ces individus ne voulaient-ils pas tout simplement les aider ? Auraient-ils réagit de la même façon si la situation s’était déroulée à Manathan en présence de deux individus blancs ? Par la suite, Mccoy sera la cible des média, des journalistes et politiciens qui s’emparent de l’affaire pour dénoncer une justice non équitable pour tous. Nous allons essayer de comprendre ce qui pousse les gens à inférer des valeurs morales à des actes selon l’appartenance des transgresseurs à certains groupes.

(Photo)

De multiples recherches ont examinés les jugements de personnes à propos d’actes immoraux commis par des individus, en se concentrant sur les intuitions concernant ce qui est et ce qui n’est pas moral, et les motivations pour punir les malfaiteurs. Elles considèrent qu’aucunes informations n’étaient données au sujet de la raison que la personne avait de commettre une transgression au sein du groupe. En effet, la majorité des recherches en psychologie morale ont suivi une approche individualiste en se concentrant sur les principes des droits individuels comme ligne directrice pour le jugement moral. La manière dont les individus perçoivent, traitent de l’information et interagissent avec les autres dépend de leur appartenance ou non à un groupe (Haidt, 2008). De plus, certains groupes sont évalués de manière plus négative et doivent faire face à la discrimination de manière plus récurrente que d’autres. Par exemple, les afro-américains sont jugés plus sévèrement dans des contextes légaux et incarcérés à des taux sensiblement plus élevés que les Américains blancs, indiquant que la justice n’est pas égale pour tous. Une expérience de Eberhardt, Davies, Purdie-Vaughs et Johnson (2006) ont examiné les archives judiciaires de l’état de Pennsylvanie et on constatés que la peine de mort était plus régulièrement infligée à des détenus afro-Américains si leur visage correspondait aux traits stéréotypiques des noirs (voir article « quand nos croyances deviennent réalités). Cette expérience met en évidence le fait que nous avons recours fréquemment à la catégorisation sociale. Elle se définit par le fait que nous plaçons sans cesse les individus dans des groupes sociaux. (voir « Sa tête et son comportement ne m’inspirent pas confiance »)

Dans la recherche de Newheiser et al (2012), les auteurs postulent l’hypothèse que, indépendamment du contexte social des membres d’un groupe spécifique, la structure perçue d’un groupe peut avoir un impact sur le jugement moral des gens à propos de la transgression commise par le groupe. Ils se concentrent particulièrement sur la perception de l’entité c’est-à-dire, le degré avec lequel un groupe est perçu comme étant unifié et les membres du groupe sont considérés comme similaires. Ce concept est un facteur central dans la perception de la transgression du jugement moral.

La justice punitive considère que les malfaiteurs méritent d’être puni en proportion à la quantité de dommages causés par l’infraction. De plus, les circonstances atténuantes jouent un rôle majeur dans la détermination des jugements et des punitions (Carlsmith, 2008; Carlsmith, Darley, & Robinson, 2002; Darley, Carlsmith, & Robinson, 2000; Hamilton & Rytina, 1980; Roberts & Gebotys, 1989). Par exemple, un acte immoral commis pour des raisons égoïstes comme le bénéfice personnel, est perçu comme une plus grande transgression, et donc comme méritant plus de punition, que le même acte commis pour des raisons désintéressées. En plus de ces facteurs, la perception de l’entité du groupe auquel appartient le malfaiteur influe également sur la responsabilité morale des actions. Ainsi, les groupes à haute entité sont perçu comme composés d’individus plus similaires, capables d’actions communes comparés aux groupes à faible entité.

Les groupes à haute entité sont perçus comme étant d’avantage capables de s’engager dans des comportements négatifs que le groupes à faible entité. Corollairement, les gens sont plus disponibles à tolérer les représailles contre les membres des exo-groupes à haute entité, même quand les membres n’ont pas pris personnellement part au conflit. C’est ce qu’on appelle, en cognition sociale, l’heuristique de représentativité. Elle illustre le fait que nos catégorisations se fondent sur le degré auquel un exemplaire représente la catégorie. Elle relève de l’inférence sociale qui concerne les raisonnements qu’utilisent les individus pour formuler des jugements à propos d’objets sociaux (Klein, O., 2012). Les conséquences peuvent être fatales comme illustré précédemment dans l’expérience d’Eberhardt et al. (2006).

La perception constamment négative et la menace associée aux comportements des groupes à haute entité suggère que les gens sont plus enclins à voir leurs actions avec suspicion. Ce qui les amène à voir les comportements de ces groupes comme étant moins morale et méritant plus de punition que les groupes à faible entité. Les groupes à haute entité ne sont pas simplement perçus comme une cohésion mais aussi comme élaborant activement des plans pour parvenir à leur but collectif. Donc en mettant ensemble ces trouvailles, on peut suggérer que les individus jugent plus sévèrement les transgressions commises par les groupes à haute entité que ceux à faible entité.

Etude Pilote

Pour tester l’hypothèse de départ, ils ont fournis aux participants des informations à propos d’un groupe fictif appelé « Greels ». Ils ont manipulé l’entité des Greels en variant les similarités physiques et comportementales parmi les membres du groupe.

Deux conditions :

-la condition haute entité : les Greels avaient la même couleur et s’engageaient dans des comportements collectifs.

-la condition faible entité : les Greels avaient des couleurs différentes et agissaient individuellement.

La manipulation confirme que les participants perçoivent les Greels comme plus unifié dans la condition haute.

Ensuite, les participants lisaient une série de comportements spécifiques aux Greels et étaient invité à indiquer dans quelle mesure ils pensaient que chacun de ces comportements étaient acceptable moralement (échelle : 1=tout à fait en désaccord à 7= tout à fait d’accord). Les comportements ont étés conçus pour représenter des valeurs morales fondamental. Ainsi, ces comportements devraient être perçus comme acceptable. Cependant, comme prévu l’acceptabilité morale était plus faible dans la condition haut degré d’entité.

Précédemment, il a été démontré l’influence de la variable entité et de la variable circonstance atténuante indépendamment l’une de l’autre. Cependant, nous savons que les individus sont plus enclins à punir les transgresseurs lorsqu’il n’y a pas de circonstance atténuante et que les groupes à haute entité sont perçus comme moralement suspicieux. Ce qui laisse penser qu’il y aurait une interaction entre ces deux variables. Dès lors, une seconde hypothèse peut être formulée. Bien que l’on s’attendent à ce que les groupes à haute entité, perçu comme ayant commis une transgression pour des raisons égoïstes vont recevoir une punition plus sévère que ceux à faible entité. Cependant, les auteurs prédisent surtout qu’une haute entité va être jugée plus sévèrement qu’il y ait ou non des circonstances atténuantes.

Etude 2

Pour examiner ses prédictions, les auteurs présentent aux participants la description d’un crime commis dans un groupe à haute ou faible entité et en présence ou en l’absence de circonstances atténuantes (selfless vs selfish).

Méthode

319 personnes ont été recrutées via une annonce en ligne.

Les participants on été assigné au hasard dans la condition circonstance atténuante soit présente ou absente, et dans la condition entité, soit haute ou faible.

                              EntitéCirconstance atténuante Haute Faible
Présence
Absence

Les participants ont été informés que l’étude portait sur l’opinion des individus concernant la peine appropriée pour différents types de crimes. Ensuite, on leur a demandé de lire une description d’un crime commis par un groupe de quatre dirigeants d’entreprise. La description a été prise de Carlsmith et al, et adaptée pour décrire un groupe comme étant l’agresseur. Dans chaque cas, le groupe agresseur était coupable d’avoir détourné des centaines de milliers de dollars de leur employeur.

Dans la condition absence de circonstances atténuantes, le groupe détourne l’argent pour son profit personnel : ils ont besoin d’argent pour combler des dettes contractées au près d’usuriers. Ils ont l’habitude de parier et de jouer. En revanche, dans la conditions présence de circonstances atténuantes, le groupe détourne pour aider les autres dans le besoin : ils détournent de l’argent car il est destiné aux personnes travaillant dans des usines de la société à l’étranger et qui reçoivent un salaire qui est en dessous du coût de vie.

Dans la condition haut degré d’entité, le groupe agresseur a été décrit comme une équipe soudée, organisant des stratégies efficaces pour atteindre des buts commun et chaque membre joue un rôle très actif. Dans la condition faible entité, le groupe agresseur a, au contraire, été décrit comme étant composé d’individus vaguement liés qui se connaissaient à peine, non organisé en une équipe mais travaillant chacun pour des objectifs personnels.

Après avoir lu le crime, les participants répondaient à une série de mesures de médiateurs, variables dépendantes, et manipulation vérifiée.

Tout d’abord, trois items ont évalué, à l’aide d’une échelle métrique, la mesure dans laquelle les participants ont perçu le groupe agresseur comme moralement responsable de la perpétration du crime. On s’attend à ce que la responsabilité morale émerge comme un médiateur.

Ensuite, ils ont évalués les réactions émotionnelles face à la criminalité.

Les participants complétaient ensuite la mesure principale qu’ils recommandaient comme peine, les propositions allaient de non coupable à une peine à vie, avec comme niveaux intermédiaires des sentences de durées spécifiques.

Après ça, quatre items évaluaient la perception du niveau d’entité du groupe agresseur (: le groupe est une équipe très performante, les membres du groupe sont efficaces lorsqu’ils travaillent ensemble, le groupe est bien coordonné, le groupe est soudé.)

Six items mesuraient la nocivité du groupe (: Quelle est la gravité du crime ? Quelle est la nocivité du crime ? Le crime à-t-il causé beaucoup de tord à la coopération ? Le crime a-t-il causé beaucoup de dommage matériel ? Est ce que la coopération devrait être préoccupée si quelqu’un d’extérieur commettait ce crime ? Quelle est la gravité de ce crime en général ?)

Enfin, les participants fournirent des informations démographiques basiques (âge, genre…), et on été débriefés.

Résultats

Manipulations :

Les participants perçoivent une plus grande unité dans la condition haute entité que dans la conditions faible, confirmant le succès de la manipulation. Comme anticipé, il n’y pas d’effet principal des circonstances atténuantes et pas d’interaction.

Dans la manipulation concernant la perception de la gravité du crime, on voit un effet des circonstances atténuantes, un plus faible effet de l’entité et une interaction significative.

L’analyse de ces effets montre que dans la condition faible entité, les participants perçoivent le crime comme étant plus nuisible en l’absence de circonstances atténuantes.

Au contraire, dans la condition haute entité, l’absence de circonstances atténuantes n’affecte pas la vision de la nuisibilité du crime. Ainsi, bien que la manipulation des circonstances atténuantes ai eu l’effet escompté sur la nocivité perçue de l’acte criminel, la nocivité a également augmenté par l’entité élevée dans le groupe agresseur.

delersAnalyse principale :

-Effet principal de l’entité ; les participants recommandent une peine plus sévère pour les groupes à haute entité.

-Effet principal des circonstances atténuantes ; une peine plus sévère était recommandée en l’absence de cette condition.

Les effets principaux sont qualifiés par une interaction significative. En l’absence de circonstances atténuantes ; les participants recommandent des sentences équitables pour les groupes à haute et à faible entité.

En revanche, comme prévu, en présence de circonstances atténuantes les participants recommandent des sentences plus sévères pour les groupes à haute entité.

Médiation :

La responsabilité morale est perçue comme étant plus élevée dans la condition absence de circonstances atténuantes.

Il y a aussi un effet de l’entité, les participants perçoivent les groupes à haute entité comme étant plus moralement responsable.

En l’absence de circonstances atténuantes, les participants perçoivent les groupes à haute et à faible entité comme égaux face à leur responsabilité morale. Mais, lorsqu’il y a présence de circonstances atténuantes, les participants estiment les groupes à haute entité comme plus responsable moralement que les autres groupes. La responsabilité morale perçue émerge comme un médiateur aussi bien quand l’entité est haute que faible.

Discussion

Il a été prouvé que la justice n’est pas la même pour tous.

En effet, dans nombre de cultures, la justice se montre plus sévère avec les personnes issues d’une minorité.

En cherchant ce qui influence la perception que l’on peut se faire d’un groupe, nous avons pu montrer que l’entité d’un groupe, le fait qu’il soit plus ou moins soudé, impactait le degré de sanction à lui appliquer.

Ainsi, plus le groupe a une entité élevée,  plus la sanction à lui imposer sera importante. De même que l’existence de circonstances atténuante jouera dès lors peu sur cette sanction.

L’auteur propose donc que  l’on réagira différemment face à un groupe selon le degré d’entité de celui-ci. Et ce, parce qu’une unité trop grande est vue comme une menace.

C’est pour cela que les circonstances atténuantes sont généralement mieux accueillies en se qui concernent des groupes criminels peu soudés.

La position de l’auteur est donc dans la suite de celle de Malle (2010), qui suggérait que les groupes à haute entité étaient également ceux qui étaient les plus conscient de leurs actions.

C’est donc cet aspect menaçant des groupes unifiés qui conduit l’intuition première des gens dans leur appréciation des sanctions à apporter à ce type de groupes.

On constate également que l’auteur tend à proposer que les différentes perceptions, que l’on se fait du degré d’entité d’un groupe, sont en mesure de nous aider à interpréter les stéréotypes basés sur l’appartenance à un groupe. Partant de cette prémisse, il observe que le statut culturel faible accordé aux minorités, et ce indépendamment du type de culture, n’est que la conséquence directe de l’entité de ces groupes.

Le faible degré de coercition au sein d’un groupe pourra mener à un partage de responsabilité pouvant amener à une diminution des peines. De manière inverse, le parquet pourra mettre l’accent sur la coordination des agents à commettre un acte répressible pour accroitre leur responsabilité, et ainsi requérir des peines plus importantes.

Selon l’auteur, des travaux futures pourraient également permettre de démontrer que les gens pourraient être moins à même de féliciter une bonne action si elle a été accomplie par un groupe très unis.  Cela pourrait notamment affecter l’image publique de que l’on accorde aux personnes morales à but charitable.

En conclusion, cette étude a démontré que la vision que l’on a d’un groupe, qu’il soit très uni ou pas, influe sur la sévérité des sanctions posées lors d’une transgression. Ce biais potentiel, étant indépendant du contexte social, peut être difficile à éviter. Force est cependant d’apercevoir que l’objet de cette étude peut avoir d’importantes conséquences sur la manière dont rendre la justice, et ainsi faire qu’elle devienne effectivement une justice égale à tous.

Bibliographie

Newheiser, A., Sawaoka, T. & Dovidio, J.F. (2012). Why do we punish groups? High entitativity promotes moral suspicion. Journal of Experimental Social Psychology. 48, 931-936

Klein O. (2012), syllabus de  Cognition sociale. Bruxelles : Presses universitaires de Bruxelles.

Source de l’image :

http://www.flickr.com/photos/33203322@N08/3183875510/

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