Nous avons tous vécu des moments où nous devions parler en public,  quel que soit la situation : au théâtre, au cours à l’école, ou même au mariage d’un bon ami …

A présent, lorsque vous pensez à cette situation, vous vous souvenez sûrement de votre état émotionnel au moment où vous vous trouviez face au public.

« Tous les yeux sont guidés vers moi… je dois paraître idiot ! Tout le monde est concentré et fixé sur moi…Ils doivent certainement voir comme je suis nerveux ! »

Des pensées semblables à celles-ci circulaient dans votre tête et étaient accompagnées d’une agitation inhabituelle de vos gestes, de votre cœur qui battait à grande vitesse, de vos mains moites et tremblantes et de vos tics nerveux.

Il existe beaucoup d’emplois qui nécessitent de parler devant un public : un artiste au théâtre, un professeur à l’université, un avocat qui doit plaider pour la cause de son client devant un jury,….

Certaines personnes n’ont certainement pas ou peu de difficulté à parler devant des gens, par contre d’autres essaient d’éviter tout exposé en public.

Si vous appartenez plutôt au deuxième groupe, celui qui préfère écouter que parler, nous allons peut-être vous aider par ce qui va suivre, à mieux comprendre votre comportement.

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Source: wikinoticia

Savitsky et Gilovich, deux chercheurs américains, se sont intéressés au fait que les individus croient souvent que leurs états internes sont plus visibles par autrui qu’ils ne le sont vraiment. C’est ce qu’on appelle l’illusion de transparence (illusion of transparency).

Nous allons prendre comme exemple pour illustrer ceci, la situation d’un rendez-vous romantique. Lorsqu’il s’agit d’approcher un partenaire potentiel, nous nous comportons souvent de façon un peu « bizarre ».  Le concept de l’illusion de transparence, s’explique par le fait que l’on croit apparaître plus nerveux que ce que l’autre perçoit réellement.

Ces deux chercheurs  se sont donc plus spécifiquement penchés sur la question de l’expression en public en se demandant si l’illusion de transparence s’y manifestait et si la conscience de ce phénomène pouvait réduire l’anxiété de l’orateur.

Ils ont donc commencé par vérifier leur hypothèse au sujet de l’existence de l’illusion de transparence dans le cadre d’un exposé en public.  Pour ce faire, ils ont demandé à 40 personnes, regroupées en pair de parler en public pendant trois minutes à propos d’un sujet déterminé.  A la fin du discours, chacun devait s’évaluer et évaluer l’autre en attribuant des points allant de 0 à 10 sur quatre aspects différents. Premièrement, sur ce qu’ils pensaient du degré de leur propre nervosité lors de leur discours. Deuxièmement, de comment celle-ci était perçue par autrui. Troisièmement, ils devaient estimer le degré de nervosité de leur partenaire. Et pour finir, ils devaient  juger si l’autre leur paraissait plus ou moins nerveux qu’eux-mêmes.

Dans un deuxième temps, afin de vérifier la fiabilité des résultats, ils ont différencié les observateurs des orateurs. En effet, le fait de devoir s’exprimer et ensuite de juger l’autre et inversément  pouvait entrainer certains biais dans l’étude car l’orateur était encore focalisé sur son discours lorsqu’il devait estimer la performance de son partenaire.

L’analyse des résultats a relevé  que l’illusion de transparence était bien présente lors d’un discours en public. En effet, la vision que l’orateur portait sur lui-même ne correspondait pas réellement à la vision des autres. L’orateur avait l’impression que les autres le voyaient plus anxieux que ce que les évaluations des observateurs ont démontré.

En réalité, d’autres personnes ne peuvent pas lire votre état mental aussi bien que vous le pensez.

Alors, comment pourrait-on procéder pour atténuer notre anxiété lorsque l’on s’exprime en public? C’est une question qui nous touche tous, car si nous sommes plus à l’aise dans certaines situations, nous pouvons également nous sentir stressés dans des contextes comprenant plus d’enjeux. Lors d’une conférence, d’un discours pour une remise de prix, pour les plus grands d’un oscar par exemple, d’un speech politique ou lors d’un examen oral, etc…

Les chercheurs ont donc émis la seconde hypothèse que si l’on informait les sujets de l’existence de l’illusion de transparence cela pourrait atténuer leur nervosité. Ainsi, ils ont divisé les sujets en trois groupes distincts. Le premier groupe était informé, le deuxième rassuré et le troisième n’avait pas d’instructions supplémentaires. Le groupe informé avait comme particularité d’être conscient de l’illusion de transparence. Le groupe rassuré,  quant à lui, avait été apaisé par l’expérimentateur. Celui-ci leur avait expliqué que des psychologues avaient mis en évidence qu’il ne fallait pas se faire de soucis quant aux regards des autres. Cependant, ils n’étaient pas au courant de l’expérience de l’illusion de transparence et des résultats de cette étude.

Dans cette expérience, les chercheurs ont  choisi 77 sujets qui s’exprimaient à travers une caméra et 40 observateurs. Ces derniers n’étaient pas au courant des groupes auxquels appartenaient les sujets.

Les premiers, les orateurs, devaient évaluer sur une échelle de 1 à 7 la qualité de leur discours, leur efficacité globale et la façon dont ils avaient été expressifs. Ils devaient également estimer  leur manière d’être ou non détendus et  la façon dont  les observateurs les avaient perçus par rapport à ces critères. Ils devaient ainsi estimer ce que les autres pensaient de leur discours. Comme si vous demandiez à un acteur de théâtre d’estimer ce que les spectateurs ont pensé de sa prestation.

Ensuite, les observateurs ont visionné des discours de différentes qualités et ont dû estimer si les orateurs paraissaient relaxés ou non avant et pendant leur discours ainsi que leur expressivité, leur efficacité et la qualité du discours sur une échelle de 1 à 7.

Les résultats se sont avérés être en corrélation entre eux et ont donc été divisé en 4 groupes pour l’orateur (Speech quality, how relaxed, anticipated quality et relaxed appearance), et en 2 groupes pour les observateurs (Composed appearance et speech quality).

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On peut alors remarquer que le groupe ayant été informé du phénomène de l’illusion de transparence a eu une qualité de discours estimée plus élevée aussi bien par eux-mêmes et par les observateurs que pour les autres groupes. En effet, les orateurs informés ont évalué leurs discours plus positivement que les deux autres groupes. Et ils s’attendaient à la même constatation de la part des observateurs. De plus, leur niveau d’anxiété paraissait moins élevé par les observateurs que le groupe rassuré et que le groupe de contrôle.

Reprenons notre exemple de théâtre, si l’acteur était informé de l’illusion de transparence ou un élève avant d’entamer un exposé devant sa classe, ils pourraient  tous les deux atténuer leurs appréhensions.  Savoir que notre stress ne se ressent pas autant que l’on ne le pense, peut nous aider à apaiser celui-ci. Car nous pensons souvent que nos émotions sont plus visibles aux autres qu’elles ne le sont réellement.

ImageSource: Rachid Sefrioui

En conclusion, la conscience du phénomène d’illusion de transparence a un impact sur l’expression de notre discours. Effectivement, si nous sommes conscients  que les autres ne perçoivent pas autant notre nervosité intérieure que nous le pensons, nous pourrions apaiser notre stress et ainsi améliorer la qualité de notre discours. Les autres nous percevront également d’une manière plus positive et plus détendue.

Restez donc avisé, lorsque vous vous retrouverez à parler devant plusieurs personnes, que vos émotions ne se transmettent pas aussi facilement aux autres que vous le sentez. Soyez ainsi tranquilles, votre stress de la veille ne se ressentira pas et vous paraîtrez aux yeux du public beaucoup plus à l’aise que vous ne le pensez.

Cette recherche peut nous mener à aller voir plus loin dans nos observations et éventuellement à l’appliquer au domaine clinique. Les personnes anxieuses pourraient alors y trouver une aide possible pour alléger leurs troubles. Cependant, il faudrait d’abord vérifier l’efficacité de ces résultats sur le long terme.

Référence bibliographique:

K. Savitsky, T. Gilovich. (2003). The illusion of transparency and the alleviation of speech anxiety. Journal of Experimental Social Psychology, 39, 618-625.

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