« Dans notre société, les français sont les cuisiniers, les italiens les amants, les africains les paresseux, les allemands les mécaniciens et les suisses gèrent le tout! ».

Nous associons facilement certaines caractéristiques, que nous considérons représentatives d’un groupe, sans même être particulièrement racistes. Ceci relève du stéréotype défini comme une croyance des caractéristiques partagées par les membres d’un groupe social (notion abordée déjà précédemment).

ImageLorsque l’on voit une personne d’origine asiatique, pensons-nous spontanément qu’elle est timide, intelligente et attachée aux traditions, et ceci sans s’en rendre compte ? Beaucoup de chercheurs se demandent si l’homme n’activerait pas inconsciemment les stéréotypes associés à un groupe ethnique.

Dès lors qu’on suppose que les stéréotypes nous viennent à l’esprit automatiquement, est-ce le cas dans toutes les situations ? Dans des études antérieures, Gilbert et son équipe ont découvert que les personnes qui étaient occupées par plusieurs tâches simultanément, avaient tendance à activer moins de stéréotypes. Ceci serait dû au fait qu’ils doivent partager leurs ressources cognitives entre différentes tâches. Ainsi, manquant de ressources, ils ne pourraient pas activer les stéréotypes correspondants.

Concernant l’activation automatique des stéréotypes, un indice possible serait le modèle de « la motivation automatique » de Barghs. Il avance que la motivation, celle de rétablir son image de soi dans ce cas-ci, est associée plusieurs fois avec les indices de l’environnement. A force, ces deux éléments peuvent créer un lien inconscient : l’indice de l’environnement enclenche inconsciemment le processus de motivation.

Mais qu’en est-il lorsque notre estime de soi est menacée ? Prenons, par exemple, la situation du  film « Detachment » qui met en avant  l’un des instituteurs d’une école ghettos que ce dernier considère comme une école de cancres.  Il se sent mal dans sa peau et pense que ses élèves afro-américains et incompétents n’arrangent vraiment pas les choses. De nombreuses scènes du film illustrent l’agressivité et la mauvaise volonté des élèves envers ce dernier. Pourtant ce n’est pas le cas avec un autre professeur qui est, lui, le héros du film. Ce cas met en lumière l’estime de soi qui est mise à mal : nous nous sentons attaqués, et répondre par des stéréotypes négatifs peut-être un moyen de défense contre cette menace de notre image de soi.

                Un chercheur, du nom de Spencer, s’est penché sur la question dans l’une de ses études. Dans une première expérience, celui-ci présente aux 61 participants une vidéo dans laquelle une femme d’origine soit asiatique, soit européenne pourrait mener à l’activation de stéréotypes. Cette assistante présente une série de cartes disposées de manière à ce que les lettres puissent former un mot en relation avec les stéréotypes du groupe ethnique asiatique ou européen, comme : « s_y » pour « say » ou « shy ». Le sujet a pour consigne de nommer le premier mot qui lui vient à l’esprit, ce qui permet aux auteurs de mesurer l’activation des stéréotypes à partir des mots donnés.

Les chercheurs ont également fait varier les ressources cognitives possibles, en demandant à un des deux groupes d’effectuer simultanément une tâche cognitive non verbale : mémoriser 8 nombres. Ceci avait pour but de restreindre les ressources cognitives disponibles pour la tâche des mots à compléter.

L’équipe de Spencer manipule aussi l’estime de soi en faisant passer aux participants, avant la réalisation de la tâche principale, un test d’intelligence qui consiste à donner des noms correspondant aux images. La moitié des sujets reçoivent un faux feedback négatif à propos de leurs performances. Les auteurs font remarquer que le feedback et les mots à compléter ne sont pas reliés sémantiquement pour éviter que les mots du feedback aient un effet facilitateur ou d’amorçage sur les mots à compléter.

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Après analyse, les statistiques montrent que les participants recevant un feedback négatif produisent significativement plus de mots relatifs aux stéréotypes que ceux recevant un feedback positif.  Cependant, seuls les sujets en condition de feedback négatif montrent une différence entre les deux conditions du groupe ethnique.  Dans la condition de feedback positif, l’influence du groupe ethnique n’est pas significative.

On peut remarquer qu’il est possible que certains stéréotypes positifs, dépendant du contexte, aient des connotations négatives.  Par exemple, « smart », dans le cas de personnes juives, peut être associé à un comportement antisocial,  le stéréotype le plus positif peut être le mot « polite ou poli » ou encore le mot « short ou court » peut être le plus négatif.

Cette étude conclue donc que la motivation de maintenir son estime de soi positive influence l’activation automatique de stéréotypes.

                La seconde étude approfondit encore plus la  question, cette fois-ci, avec une personne d’origine afroaméricaine. Les chercheurs tentent de voir si l’activation des stéréotypes, en cas d’estime de soi négative, est la même si l’exposition aux minorités pouvant être stéréotypées est plus subtile et que donc les participants ne s’en rendent pas compte. L’exposition des visages africains américains et européens américains se fait très brièvement.

Cette expérience s’appuie également sur la tâche du « mot à compléter » (Dovidio et Co). L’échantillon de celle-ci est constitué de 65 étudiants qui sont répartis en deux groupes. L’un des deux effectue simultanément à la tâche des mots à compléter, celle de mémorisation des nombres, l’autre non. Les chercheurs ont aussi fait varier le groupe ethnique de l’assistante.

Les participants ont 20 essais pour réaliser la tâche. Des visages africains américains ont été exposés à la moitié des participants. Pour l’autre moitié, ce sont des visages  européens américains. Cette exposition a été suivie, à nouveau, d’un mot à compléter. Ils sont présentés ainsi : « hos___ (hostile), dan____ (dangerous), stu___ (stupid),… ». Par la suite, les participants de la première condition devaient se remémorer les 8 nombres.

Suite à l’analyse des statistiques, le groupe n’effectuant pas la tâche de mémorisation montre un niveau d’activation automatique de stéréotypes plus élevé. Les résultats démontrent donc une activation inconsciente uniquement si les participants ont des ressources cognitives disponibles. Ces dernières modèreraient l’activation des stéréotypes.

                Dans la dernière expérience, les chercheurs s’intéressent exclusivement aux sujets qui ont peu de ressources cognitives disponibles. L’échantillon est constitué de 110 étudiants qui reçoivent un feedback de leur estime de soi qui est soit positif, soit négatif. Et ce, dans les deux conditions d’assistantes de groupes ethniques différents, comme lors de l’étude précédente. La procédure de cette tâche reste identique à la deuxième expérience.

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Les résultats de cette dernière étude confirment que les sujets avec un feedback négatif montrent un niveau d’activation de stéréotype plus élevé que ceux avec un feedback positif. Ces résultats rejoignent donc ceux de la première expérience.

                Ces trois études démontrent donc qu’en effet l’activation automatique des stéréotypes chez les participants, suite à une exposition subtile ou pas de personnes appartenant à des minorités, peut être due à la motivation de rétablir l’estime de soi. Elles prouvent, par la même occasion, qu’il existe un modèle automoteur qui crée un lien automatique entre deux représentations mentales, apparaissant répétitivement en pair. Par exemple, la pensée « je suis un médiocre professeur » associée à la présence de nombreux mauvais élèves étrangers dans l’école déclenche l’activation de stéréotypes négatifs qui  améliore son estime de soi en amenant une nouvelle pensée : « Ce n’est pas moi qui suis si mauvais que ça, ce sont plutôt mes élèves qui sont paresseux et incompétents ».

Ces résultats sont confirmés par d’autres chercheurs tels que Sinclair et Kunda dont les recherches illustrent l’interaction de l’estime de soi et de l’information présente dans l’environnement comme facteur de l’activation de stéréotypes. Selon ces derniers, ces informations affectent les processus conscients et préconscients des sujets. Ils observent aussi que les stéréotypes sont contrastés et vont dans le sens des stéréotypes que se fait la société. Par exemple, si un manageur afro-américain est évalué négativement, les participants vont automatiquement avoir des stéréotypes sur  tous les afro-américains. Par contre, cette activation ne se produit pas si le manageur est européen ou encore si le feedback de l’afro-américain est positif. Cet exemple s’applique exactement de la même manière aux élèves.  Ces chercheurs mettent également en avant le rôle de la conscience qui ne se limite pas à celle des signaux de l’environnement. Il se peut que le signal soit perçu de manière très claire mais que la personne ayant activé le stéréotype ne soit pas consciente de la connexion entre l’origine ethnique de la personne déclenchant l’activation du stéréotype et l’évaluation que le percevant s’en fait. En effet, le professeur à fleur de peau pense peut-être que l’origine de ses élèves n’a aucune incidence sur son jugement.

Pour conclure, depuis des années on s’interroge sur les stéréotypes, leur apparition et les conséquences qu’ils ont dans nos vies. Quels facteurs influencent les stéréotypes? Sont-ils activés automatiquement ou pouvons-nous contrôler leur apparition grâce à nos ressources cognitives? Nous avons pu constater qu’ils se manifestent de façon spontanée et inconsciente. Personnellement, nous pensons qu’ils sont en partie automatiques : combien de fois n’avons-nous pas eu un apriori sur quelqu’un sans même lui avoir adressé la parole? Nous sommes également  d’accord avec les auteurs que ceci est d’autant plus fréquent lorsque l’estime de soi est menacée car c’est rassurant de penser qu’il y a « pire que nous » ne fût-ce que sur un point de la personnalité ou autres aspects du comportement. Par exemple, si nous sommes mauvais élève, il est facile de se comparer à d’autres, plus « mauvais » que nous. D’autant plus si nous jugeons que notre voisin de classe, d’origine africaine, est quelqu’un de paresseux. Des études beaucoup plus objectives, expliquées ci-dessus, ont été menées en partant de l’hypothèse que l’activation des stéréotypes sur les minorités est favorisée par une image de soi menacée, négative.

Cependant, malgré l’étendue des études, il est toujours possible d’approfondir les recherches. En effet, l’activation des stéréotypes est un processus vraiment complexe. Nous pouvons nous interroger sur d’autres facteurs qui pourraient déclencher cette activation, comme l’humeur. Cette dernière, qu’elle soit positive ou négative, peut influencer  l’image que nous nous faisons des autres et par conséquent, la « stéréotypisation » et la discrimination.

Enfin, les stéréotypes occupent une place conséquente dans nos vies, malgré nous, car ils occupent une fonction réparatrice importante dans notre estime de soi en la restaurant. De plus, ils sont également des catalyseurs de discrimination : lorsqu’ils apparaissent, ils influencent nos idées et font que nous agissons en conséquence. Ils ont dès lors des effets sur les interactions sociales que nous entretenons mais aussi sur nos jugements qu’ils biaisent et nos comportements. Quitte à ne pas savoir les contrôler, c’est important d’être conscient de leur existence!

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  • Références bibliographiques : 

– Kaye T., (2012). Detachment,  avec Brody A., Harden M. G.,  Caan J., Etats-Unis, Drame, 97min

– Klein O. (2012). Syllabus de la cognition sociale Bac3 (p.106), Bruxelles, Presses universitaires de Bruxelles.

– Spencer S. J., Fein S., Wolfe C. T., Fong C. & Dunn M. A. (1998). Automatic activation of stereotypes: the role of self-image threat. Personality and Social Psychology Bulletin, 24, 1139-1152.

Sources des images:

http://www.lesoir.be/archives?url=/culture/cinema/2011-01-29/l-eleve-ducobu-a-l-ecole-du-cinema-818481.php

http://karinasubotova.blogspot.be/

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