Qui ne s’est jamais dit en septembre : « Cette année pas de seconde sess’ pour moi » et s’est  pourtant retrouvé la veille de son examen en se disant : « Impossible, je n’y arriverai jamais, je le repasserai en août » ?

Effectivement, il semble que cette fameuse confiance en soi qui submerge l’étudiant à chaque début d’année finit par totalement disparaitre la veille des examens. Beaucoup d’étudiants témoignent de leur motivation à tout mettre en œuvre pendant le blocus pour connaitre leur matière sur le bout des doigts et être tout à fait prêts pour le grand jour mais au dernier moment perdent toute confiance en eux et sont tentés de tout laisser tomber.

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Plusieurs chercheurs ont voulu connaitre la raison de cette diminution de confiance au fur et à mesure du rapprochement temporel de la tâche.

Il y eut notamment Schwarz qui démontra l’utilisation des états affectifs dans un jugement (1990). Il découvrit également que les personnes utilisent leurs humeurs passagères pour répondre en partie à des questions complexes comme « Comment trouvez-vous votre vie ? », « Vous sentez-vous heureux ? ». (Schwarz and Clore, 1983)

Ensuite, il y eut Bandura (1986) qui a suggéré que l’efficacité des personnes dépendait du contrôle de leur état émotionnel face à une tâche comme par exemple un examen scolaire. Cela signifie que plus une personne est envahie d’émotions en rapport avec la tâche (par exemple l’anxiété), moins elle aura confiance en elle. Et justement, ces émotions auraient toutes des effets directs et indirects. Les premiers influencent la croyance des sujets par rapport à la probabilité de leurs futurs succès. Les deuxièmes correspondent aux impacts du changement de niveau d’éveil émotionnel, autrement dit l’arrivée d’émotions et comment ce changement est interprété par la personne.

Mais en fait, ces effets dérivent de la même source car même si ceux-ci sont les signaux de l’état d’éveil émotionnel d’une personne, chacun en aura une compréhension et une interprétation différente. En effet, nous ne sommes pas tous égaux face au flux d’émotions précédant une tâche, chacun réagit à sa manière. C’est justement la grande variété des circonstances lors d’une tâche qui peut amener des biais d’interprétation de l’éveil, du signal d’alerte. Cela amène les chercheurs (Gilovich, Kerr, and Medvec, 1993 ; Shepperd, Ouellette, and Fernandez, 1996) à considérer qu’une source de ces biais pourrait être la diminution de confiance. Celle-ci diminuerait avec le rapprochement du « moment de vérité », de l’accomplissement de la tâche en elle-même, c’est-à-dire, par exemple, recevoir sa copie d’examen et s’exécuter.

Enfin, l’étude à laquelle nous nous intéressons a trois objectifs. Premièrement, elle veut reproduire les effets sur la confiance de la distance qui nous sépare d’une tâche. Deuxièmement, elle espère que le test de Schwarz sur l’humeur vue comme une information peut aider à expliquer la relation entre ces deux éléments (la confiance et la distance). Et enfin, elle tente d’élargir le modèle de Schwarz  en y incluant la performance et la confiance.

Mais avant toute chose, clarifions un point qu’il est important de saisir pour comprendre cette étude. Nous allons parler « d’état d’alerte », cela fait référence à l’éveil physiologique et émotionnel que nous ressentons à l’approche d’une tâche. Il s’agit de toutes les émotions (nervosité, anxiété,…) et les manifestations physiologiques (maux de ventre,…) que la personne va ressentir face au travail qu’elle va devoir effectuer et qu’elle espère réussir. Les chercheurs s’intéressent à l’état d’alerte préparatoire normale, c’est-à-dire ce que tout un chacun ressent logiquement avant de devoir accomplir une performance. Il existe bien sûr des états d’alerte différents et de causes différentes comme une bouffée de panique ou d’effroi face à ce que la personne croit être un échec imminent mais ce n’est pas à cela que la recherche s’intéresse.

L’expérience qui a été réalisée comprenait trois groupes.  Un premier groupe qui correspondait à la « misattribution condition » (condition de mauvaise attribution), un deuxième à la condition de « proximate control » (commande immédiate) et le dernier à la « distant condition » (condition lointaine). Les sujets devaient prédire leurs performances pour deux tâches différentes : la résolution de 30 anagrammes et le rappel de 30 syllabes sans sens. Pour chacune des tâches, ils pouvaient gagner de l’argent en fonction de leur réussite. Ils ont d’abord lu la description de celles-ci et ensuite faisaient leurs prédictions de 3 manières différentes : en premier lieu, les expérimentateurs leur demandaient de se positionner dans une échelle de 1 à 10 (10 étant la performance maximum). Ensuite, ils devaient prédire la somme d’argent qu’ils allaient gagner et enfin, les chercheurs voulaient qu’ils se positionnent face à leurs camarades.

Pendant tout cela, ils étaient exposés à des bruits subliminaux, c’est-à-dire juste au dessus de leur seuil de détection. C’était donc des bruits qu’ils entendaient à peine. C’est par cela que les groupes se différencient. Il était dit au groupe en condition de mauvaise attribution qu’avec ce bruit, ils allaient se sentir nerveux et en alerte, ce qui leur fournissait une autre explication sur leurs sentiments face à la tâche imminente. Il était par contre dit au groupe en condition « proximate control » que ces bruits n’avaient pas d’effets physiques sur eux, les empêchant ainsi d’attribuer leur état d’alerte à une source alternative. Et enfin ceux en condition lointaine entendaient également les bruits mais rien ne leur était dit car c’était la distance de la tâche qui intéressait les chercheurs pour ce groupe. En effet, les sujets des deux premiers groupes devaient effectuer les tâches immédiatement après avoir fait leurs prédictions alors que ceux du dernier groupe effectuaient celles-ci un mois après.

Les résultats ont démontré que le niveau d’anxiété et de nervosité est lié avec les évaluations des performances. Grâce à ce lien, un indice d’alerte a pu être créé (c.à.d. une façon de mesurer l’état émotionnel de quelqu’un). Les sujets devant effectuer les tâches un mois plus tard avaient un niveau d’alerte moins élevé que les deux autres groupes, ils étaient donc moins anxieux. Ce qui amène les chercheurs à dire que l’éveil émotionnel augmente parallèlement au temps qui nous rapproche de la tâche.

Pour ce qui est du niveau de confiance, les sujets évaluaient leur confiance de la même manière que ce soit, en devant prédire combien d’argent ils allaient gagner, quelles seraient leurs performances sur l’échelle ou comment ils se positionneraient face à leurs camarades. Ceux de la condition lointaine ont eu plus facile à exposer leur confiance que dans la condition « proximate control ». Les personnes en condition de mauvaise attribution avaient aussi un niveau de confiance plus élevé que ceux de la condition « proximate control ». Cela s’explique par le fait qu’ils pouvaient attribuer leur état d’alerte aux bruits subliminaux et ils n’avaient donc pas besoin de savoir ce que signifiait cet état par rapport à leur confiance sur leurs performances de la tâche à venir. Par contre, ceux de la condition immédiate ne pouvaient pas attribuer leur état émotionnel à une source alternative comme des bruits et le reliaient donc à une diminution de confiance.

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De plus, cette expérience a été renouvelée pour confirmer certains résultats qui ne s’avéraient peut-être pas suffisamment convaincants mais aussi parce que les expérimentateurs étaient au courant de l’hypothèse de départ. Cependant, les résultats de cette deuxième expérience ont clairement confirmé ceux de la première, ce qui écarte tout doute possible sur la fiabilité du test. Sans oublier que les expérimentateurs ont été remplacés par des personnes qui n’étaient pas conscients des prédictions de base, ce qui a permis d’enlever toute influence possible sur les résultats.

La conclusion générale évidente à tout cela est qu’un des mécanismes que les chercheurs croyaient responsable, l’est réellement : la confiance plonge à l’approche d’une tâche à cause d’un état d’alerte. En effet, quand nous nous préparons physiquement et mentalement à accomplir une tâche en espérant être performant, un certain taux d’éveil physiologique est inévitable. Donc les personnes croient que si elles sont en alerte face à une tâche, elles doivent être préoccupées par leurs capacités à réussir celle-ci. Leur préoccupation est d’autant plus grande que l’est le changement d’éveil physiologique car elles prennent conscience de celui-ci. Elles attribuent alors un état d’alerte préparatoire normal à un manque de confiance. Pour appliquer ceci à notre exemple de base, l’étudiant sentant son stress monter de jour en jour à l’arrivée de l’examen, il en arrive à penser que celui-ci est dû à une mauvaise préparation et manque alors de confiance en lui et en ses capacités pour réussir son examen.

Le fait d’attribuer son état d’alerte à une source neutre comme un bruit a une influence subjective sur la confiance. Sur cette base, cette étude suggère que la relation entre la confiance et l’alerte est bidirectionnel : l’éveil ne reflète pas seulement la confiance de quelqu’un mais fonctionne comme un indice du niveau de confiance. Les personnes peuvent ainsi déterminer leur niveau de confiance en partie en remarquant comment ils se sentent émotionnellement.

Est-ce que nos résultats impliquent qu’encourager les gens à attribuer leur niveau d’alerte à une source neutre peut augmenter leur niveau de performance ?

Au vu des expériences faites, cette prédiction est justifiée. Par contre, il faut aussi souligner qu’à cause des évidences mixtes et variées (chaque personne possédant son vécu personnel, ses propres expériences ainsi que ses propres doutes, etc.), il reste impossible d’affirmer que le niveau d’alerte qui influence le niveau de confiance pourrait augmenter ou diminuer la performance imminente.

En conclusion, nous dirons que la recherche a servi à montrer que le niveau d’alerte avant la tâche et la façon dont celui-ci est interprété joue un rôle important dans la diminution de la confiance.

Le conseil que nous pouvons tous en tirer, étudiants ou adultes actifs est qu’il ne faut pas s’inquiéter d’une petite anxiété ou d’un mal de ventre face à une tâche imminente, qu’il s’agisse d’un examen, d’une présentation face à un patron, d’un discours,…. Ceux-ci ne sont que naturels et montrent que le corps tout entier se prépare physiquement et mentalement à l’activité, qu’il ne faut donc surtout pas perdre sa confiance en soi à cause de cela. Cet éveil préparatoire est totalement nécessaire et inévitable. Donc dès à présent, chers lecteurs : n’écoutez plus votre corps vous dicter votre comportement, gardez confiance en vous et surtout « don’t worry, be trusty » !

Référence :

Kenneth Savitsky, Victoria Husted Medvec, Ann E. Charlton and Thomas Gilovich (1998).

« What, Me Worry? » Arousal, Misattribution, and the Effect of Temporal Distance on Confidence. Personality and Social Psychology Bulletin, 24, 529-536

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