ImageNous avons déjà tous entendu un enfant dire après avoir fait une bêtise, « C’est pas de ma faute », et essayer de justifier son acte en trouvant des circonstances plus ou moins atténuantes : « c’est ma grande sœur qui m’a forcé… ». Arrivés à l’âge adulte, nous avons aussi tous tendance, lorsque nous ne sommes pas très fiers d’avoir fait quelque chose, à chercher des justifications qui nous disculperaient. Dans les deux cas, l’entourage finit par juger si l’enfant ou l’adule est finalement responsable. Mais en cas d’actes très graves et punissables par la loi, comment les individus procèdent-ils  et sur quoi se basent-ils pour juger quelqu’un de moralement responsable.

La question concernant l’attribution de la responsabilité morale est un sujet omniprésent dans les interactions sociales de tous les jours mais aussi dans les pratiques sociales institutionnelles. Ce sujet a attiré l’attention de plusieurs psychologues, scientifiques cognitivistes et philosophes qui ont ainsi élaboré de nombreuses théories qui ont évolué au cours du temps.

Les premières recherches empiriques concernant l’attribution de la responsabilité se sont basées sur la théorie de l’inférence correspondante de Jones et Davis (1965). Selon cette théorie, un observateur fait des inférences entre l’action finale d’un acteur et ses intentions précédant l’action, après avoir conclu que l’acteur était libre de commettre l’acte et non pas contraint par des facteurs externes. Kelley rejoint Jones et Davis à travers sa théorie basée sur le principe de négligence (« discounting principle »), c’est-à-dire le principe selon lequel on ne tient pas compte, et donc on ne fait pas d’inférence, sur le comportement de l’acteur si celui-ci est contraint d’agir ainsi. Les perceptions de l’observateur à propos des caractéristiques de l’acteur sont basées sur l’analyse de son comportement seulement si ce même comportement semble n’être soumis à aucune influence du contexte. Inversement, dans les cas où un acte est commis sous une contrainte extrême, on ne peut à priori pas tenir compte des inférences qui seraient faites par l’observateur pour déduire les caractéristiques de l’acteur. L’acteur ne serait ainsi pas moralement responsable de son comportement. Néanmoins, plusieurs études comme celle de Jones (1990) ou celle de Quattrone (1982) démontrent que les participants font des inférences (telles que décrites par Jones et Davis) même si, de façon évidente, les actions qu’ont accomplies les acteurs ont été soumises à de fortes et visibles contraintes externes. Ces études illustrent le principe de l’erreur d’attribution fondamentale. Ce principe souligne notre tendance à accorder trop d’importance aux attitudes et traits d’un individu au lieu d’également tenir compte des circonstances. Mais des recherches plus récentes (Fein, Hilton, Miller et al.) montrent que l’importance accordée aux traits ne serait pas aussi déterminante que le laisserait penser la théorie de l’erreur fondamentale d’attribution. En revanche, quand le comportement est contraint, forcé, l’observateur est plus influencé par les caractéristiques de l’acteur, plutôt que par la situation. L’influence des caractéristiques de l’acteur serait plus forte que ce que le principe de négligence cité plus haut prédisait dans le cas où le comportement est contraint.

Selon diverses théories (Darley, Shultz et al.), les caractéristiques personnelles de l’acteur qui influencent le plus l’observateur sont tout d’abord les raisons qui ont poussées l’acteur à commettre l’acte. A cela s’ajoute à quel point l’acteur désire passer à l’acte, ainsi que le contrôle qu’il a sur l’action (s’il est libre d’agir ou pas).

Pour Alicke, la façon dont l’observateur considère que le coupable avait un contrôle sur l’action et qu’il est plus ou moins responsable de cet acte, varie en fonction des attentes de l’observateur. Ce dernier ne se base pas uniquement sur ce qu’il voit, mais a aussi des attentes personnelles qui biaisent son jugement. Une de ces attentes réside dans le « contrôle volontaire du résultat » (« volitional outcome control »), c’est-à-dire l’étendue avec laquelle l’observateur et non l’acteur, désire et prévoit le résultat d’une action. L’observateur qui partage les mêmes intentions et désirs que l’acteur, jugera ce dernier moins moralement responsable. Dans certaines circonstances, les observateurs vont attribuer la responsabilité à l’acteur avant même avoir évalué les facteurs contextuels possibles (Weiner, Reeder et al.).

Les philosophes ont souvent maintenu que les individus ne devraient pas être tenus responsables pour leurs actes quand ils agissent sous des contraintes auxquelles ils ne peuvent pas raisonnablement résister. Si un comportement est déterminé par des facteurs indépendants du contrôle de l’individu, ce dernier n’est alors pas moralement responsable de son acte. Or, comment les individus peuvent-ils agir librement, si, comme le pensent certains philosophes, les comportements sont causés par des forces qui vont au-delà du contrôle de l’acteur ? Cette question amène le célèbre débat entre la liberté et le déterminisme. Il existe trois points de vue différents qui permettent de répondre à cette question : le « déterminisme fort » (« hard determinism ») qui défend l’idée que personne n’est responsable de ses comportements. Ensuite, les libertaires (« libertarians ») pour qui le déterminisme causal qui nous pousse à avoir un comportement donné, n’est pas toujours vrai dans le cas du comportement humain. Ces deux points de vue sont d’accord sur le fait que la détermination causale du comportement est incompatible avec la responsabilité morale. Ainsi, un individu est considéré comme moralement responsable seulement s’il avait la possibilité d’agir autrement. Enfin les compatibilistes (« compatibilists ») pour qui les personnes peuvent être jugées moralement responsables même si elles n’avaient pas pu agir autrement.

Le philosophe Frankfurt soutient que le jugement concernant la responsabilité morale d’un comportement devrait dépendre du degré auquel l’acteur s’identifie au comportement, ainsi que de ses motivations pour s’exécuter. Il explique le concept d’identification : un acteur s’identifie à un comportement ou une motivation lorsqu’il adopte pleinement ce comportement et le réalise sans réserve, et de plein gré. En d’autres termes, à partir du moment où l’acteur réalise un comportement librement et avec envie, on peut dire qu’il s’y identifie.

Dans notre étude, les auteurs Woolfolk et al. examinent si les participants attribuent une responsabilité élevée aux acteurs qui sont contraints d’agir et qui, en même temps souhaitent également commettre cet acte. Les auteurs tentent, à travers trois expériences, de répondre aux trois questions suivantes : quels sont les effets du degré d’identification de l’acteur d’une part et des contraintes situationnelles d’autre part, sur l’attribution de la responsabilité de l’observateur ; ainsi que jusqu’à quel degré ces deux facteurs influencent les attributions de la responsabilité de l’observateur. Plus précisément pour cette dernière question, le fait de désirer davantage de commettre un acte augmente-il l’attribution de la responsabilité, même quand l’acte semble forcé, ou s’il est fortement contraint par des circonstances externes.

Expérience 1

Les auteurs ont mis en place une première expérience consistant à étudier l’influence des différents degrés d’identification et de contraintes situationnelles sur l’attribution de la responsabilité pour un acte violent ou criminel. Dans ce cas-ci, il s’agissait d’un meurtre.

Septante-deux participants ont lu une courte histoire, décrivant la scène et le crime, faisant varier deux niveaux : l’identification forte VS basse, avec une contrainte forte VS modérée. Pour clarifier ces deux aspects, l’identification correspond au désir, à l’envie de l’acteur (ici le criminel) de passer à l’acte, et du degré avec lequel il l’endosse et l’accepte. La contrainte correspond à l’influence du contexte. Les auteurs ont fait varier ces deux aspects à travers trois expériences.

Les trois expériences reposaient sur une courte histoire « de base » impliquant deux couples Bill et Susan, et Elaine et Frank partant ensemble en vacances. Le récit nous dévoile que Bill découvre que Susan et Frank sont amants.

Dans la condition d’identification élevée, Bill est décrit comme se sentant humilié et trahi par cette affaire, et ayant des envies de vengeance. Il désire tuer Frank. Dans la condition d’identification faible, Bill est plus tolérant : si son épouse et Frank s’aiment, il ne veut pas être un intermédiaire. Ici, il ne souhaite pas la mort de son ami.

Dans ces deux cas, il y a aussi le facteur de contrainte externe à faire varier. Dans la suite de l’histoire, l’avion des deux couples se fait assaillir par des kidnappeurs. Ceux-ci demandent une rançon de 5 milliards de dollars. Dans la condition de contrainte externe élevée, il y a huit kidnappeurs ; quatre d’entre eux entourent Bill, prêts à lui tirer dessus, l’un lui ordonnant de tuer Frank. La condition étant que s’il n’obéit pas, les deux hommes ainsi que 10 autres passagers seraient exécutés. Dans la condition de contrainte externe modérée, les kidnappeurs ne sont plus que 3, et à l’atterrissage, l’avion est entouré des forces anti-terroristes qui les attendent. Ici, Bill imagine un plan qui pourrait fonctionner : il profite de l’inattention du kidnappeur le forçant à tuer Frank, pour le tuer lui.

Ensuite, on réintroduit les facteurs d’identification. Dans la condition d’identification élevée, les participants poursuivent leur lecture en découvrant que Bill profitait de la situation : il avait là l’opportunité de se venger et que cela passe presque inaperçu, puisqu’on le forçait à tuer Frank. Il s’exécute, sans regret. Par contre, dans la condition de faible identification, Bill est certain qu’il ne souhaite pas la mort de Frank, malgré la trahison. Mais il est pourtant forcé de s’exécuter, et tue son ami.

Après la lecture de cette histoire, les participants doivent répondre à un questionnaire de huit items. La variable dépendante de cette étude est le degré de responsabilité de l’acteur (Bill) pour la mort de Frank. L’affirmation « Bill est responsable de la mort de Frank » constituait le premier item, sur lequel il fallait marquer son accord grâce à une échelle de Likert, les sept items suivants se regroupant autour du premier pour tenter de le confirmer ou l’infirmer. Par exemple : « Les kidnappeurs sont responsables de la mort de Frank » ; « Bill a bien fait d’agit ainsi », etc…

Les résultats sont clairs : quand Bill s’identifie à l’acte, les participants (observateurs) le jugent comme plus responsable que dans le cas inverse où Bill ne souhaite pas la mort de Frank (identification faible). De plus, il est jugé plus responsable lorsqu’il passe à l’acte sous des contraintes modérées.

Les auteurs ont étudié deux facteurs : la culpabilité de Bill, et la responsabilité des kidnappeurs. On a observé la corrélation entre chaque item (les 7 affirmations) et les deux facteurs simultanément. La corrélation entre les deux facteurs est bien sûre négative : si les kidnappeurs sont considérés comme étant responsables du meurtre, il n’est pas considéré coupable.

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Fig 1. Mean Factor 1 (Bill’s Blameworthiness) at different levels of identification and constraint.

Les résultats obtenus, présentés dans ce graphique, indiquent que des niveaux élevés d’identification (barres rouges) vont de pair avec des niveaux élevés de la culpabilité de Bill. Ce graphique nous montre aussi que lorsque le niveau de contraintes externes est faible, la perception de la culpabilité de Bill diminue. Ainsi, plus les lecteurs considèrent que Bill s’identifie à l’acte, plus il est tenu responsable et coupable, et d’autant plus s’il agit sous des contraintes externes modérées. Inversement, les scores de responsabilité des kidnappeurs sont plus élevés lorsque le taux d’identification de Bill est faible : lorsque les lecteurs considèrent Bill comme peu désireux de passer à l’acte (et donc peu identifié), ils attribuent la responsabilité du meurtre aux kidnappeurs. La forte corrélation observée entre les facteurs « identification » et « contraintes » montre que la responsabilité attribuée aux kidnappeurs diminue seulement dans la condition où Bill est à la fois fort identifié à l’acte, et qu’il agit sous de faibles contraintes.

On pourrait s’attendre à ce que ce soient principalement les contraintes externes qui influencent le comportement. Pourtant, comme l’a démontré cette expérience, le niveau d’identification serait aussi en grande partie responsable dans l’attribution de responsabilité d’un individu dans une scène de crime. Ainsi, les auteurs ont mené une seconde expérience très similaire à la première, pour observer l’influence de l’identification d’un acteur sur le jugement de l’observateur quant à la responsabilité de ce premier, lorsque le degré de contrainte externe augmente encore plus par rapport à l’expérience initiale.

Expérience 2

Dans cette seconde expérience, une nouvelle condition a été introduite, de telle manière que l’acteur doive agir sous une contrainte absolue, et est donc incapable d’agir autrement. En effet, il semblerait que le fait d’avoir plusieurs armes braquées sur soi ne constituerait pas une contrainte maximale. Pour certains philosophes, même dans de telles circonstances, les participants pourraient croire qu’il reste une alternative pour que Bill ne tue pas Frank. Ainsi, l’acteur doit opérer sous une contrainte absolue, distincte des contraintes de l’expérience 1. La nouvelle condition introduite est une drogue de compliance (« compliance drug »), qui est administrée à Bill et le rendant incapable de résister aux demandes des kidnappeurs ; il n’a donc pas d’autre choix que d’obéir.

On a dans cette expérience, comme dans la première, deux niveaux d’identification : élevé VS faible, couplé aux trois niveaux de contraintes : modéré VS élevé VS absolu. Six vignettes sont ainsi créées, combinant un niveau d’identification avec un niveau de contrainte. Chaque participant doit lire une des six vignettes différentes.

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Fig2. Mean levels of responsibility attributed to actor at different levels of identification and constraint.

On observe la variation de la responsabilité de Bill en fonction du niveau de contrainte et du degré d’identification. On relève un effet significatif de la contrainte : quand Bill est plus contraint, il est moins tenu responsable ; ainsi qu’un effet significatif de l’identification : quand Bill est identifié à l’acte, il est aussi moins tenu responsable. Cette seconde expérience étudie les mêmes facteurs que la première, c’est-à-dire la culpabilité de Bill et la responsabilité des kidnappeurs. Il y a aussi un effet important entre l’identification et la culpabilité de Bill : cette dernière augmente davantage quand il est identifié que lorsqu’il ne l’est pas ; ces deux facteurs sont inversement proportionnels. De plus, il y a un effet significatif observé pour la responsabilité des kidnappeurs corrélé aux niveaux d’identification et de contrainte. Ainsi, la responsabilité des kidnappeurs est plus faible quand Bill s’identifie à l’acte et est directement proportionnelle au niveau de la contrainte. Quand Bill agit sous une contrainte absolue, la responsabilité des kidnappeurs est plus forte ; sous haute contrainte, les scores sont intermédiaires ; et enfin, sous contrainte modérée, la responsabilité des kidnappeurs est plus faible. Une interaction significative est observée entre l’identification et le niveau de contrainte, ce qui reflète que la responsabilité des kidnappeurs est basse quand Bill a été à la fois identifié et a agi sous de faibles contraintes. Les observateurs sont ainsi plus enclins à tenir pour responsable l’acteur qui s’identifie que l’inverse, même quand l’acteur n’avait pas d’autres alternatives.

Expérience 3

Dans cette troisième expérience, les auteurs ont rajouté une quatrième condition : l’acteur peut agir totalement librement, la nouvelle variable étant « pas de contrainte ». Cette condition est associée au plus haut degré de liberté tandis que la contrainte absolue est associée au degré le plus faible de liberté (les contraintes modérées et élevées ayant des degrés de liberté intermédiaires). L’épisode des kidnappeurs dans l’avion est cette fois-ci supprimé de l’histoire.

Les résultats montrent que le taux de responsabilité de Bill dans la condition « pas de contrainte » est plus élevée que tous les autres taux de contrainte réunis dans les expériences précédentes, ce qui confirme les résultats antérieurs.

A travers les trois expériences décrites, Woolfolk, Doris et Darley ont démontré que les participants jugeant la culpabilité de l’acteur d’un crime, après la lecture d’une courte histoire, sont influencés par l’attitude de l’acteur par rapport à l’acte qu’il a commis, c’est-à-dire si l’acteur est pleinement conscient des conséquences de son acte, s’il désire accomplir le crime, etc… Ceci est valable même lorsque l’acteur est contraint de manière absolue, sans autre alternative, de tuer et qu’il ne peut pas se comporter d’une autre façon.

Selon la littérature psychologique, les études sur l’attribution de responsabilité utilisent le principe de négligence (qui, pour rappel, est un principe selon lequel on ne fait pas d’inférence sur le comportement de l’acteur si celui-ci est forcé d’agir), et rapportent que la responsabilité morale varie beaucoup avec le degré auquel l’acteur exerce un contrôle causal sur le résultat. Cependant, les études de Woolfolk, Doris et Darley montrent qu’il faut prendre en compte des facteurs autres que la contrainte, comme l’identification. Leur recherche rejoint celle d’Alicke qui tente de montrer l’importance des perceptions de l’observateur quant au désir et à l’intention de l’acteur. Ici, les auteurs ont souligné que les informations disponibles à l’observateur concernant l’aboutissement auquel l’acteur veut parvenir, permettent de nuancer, voire même de ne plus tenir compte des effets de l’attribution sur l’impression de contrôle que possède l’acteur sur le dénouement.

Selon Alicke, l’intention est traitée séparément de la causalité dans sa théorie du contrôle personnel. Le jugement concernant la culpabilité d’un individu dépend donc des intentions de l’acteur, de son comportement et du dénouement de l’événement. Notre recherche est en accord avec celle d’Alicke, puisque les auteurs ont observé les effets du jugement d’un observateur sur l’acteur d’un crime en faisant varier la consistance ou l’inconsistance entre les intentions de l’acteur et son comportement effectif, ainsi que les circonstances dans lesquelles il est passé à l’acte, qui étaient soit congruentes soit incongruentes entre ses intentions et le résultat. Alicke pense aussi qu’un même comportement peut être jugé comme plus ou moins coupable sur base de la concordance des attitudes de l’acteur. En effet, l’observateur juge coupable l’acteur à partir du moment où il considère que celui-ci désirait le même dénouement, même s’il a été forcé d’agir ainsi. Ainsi, les contraintes externes peuvent parfois atténuer l’attribution de la culpabilité. Cependant, il n’est pas certain que la théorie d’Alicke puisse prédire si l’identification a un effet dans la condition de contrainte absolue. Il soutient que les observateurs ont tendance à accuser, blâmer ‘par défaut’, et qu’ils essayent par la suite d’ajuster leur jugement en analysant les circonstances atténuantes. Ceci reviendrait à appliquer les processus d’ancrage et d’ajustement. Selon Gilbert[1], les individus sont trop influencés par les caractéristiques internes de l’acteur, y « ancrent »  leur interprétation du comportement, et négligent l’influence des causes externes. Ainsi, le processus d’ajustement est généralement insuffisant pour changer l’ancrage initial.

Les théories populaires concernant l’attribution de responsabilité sont compatibilistes (expliqué plus haut), voire ‘contextualistes’ puisque les modèles d’attribution de responsabilité varient aussi selon la culture de l’observateur.

On peut conclure que les attributions que font les observateurs quant à la responsabilité des actes d’autrui peuvent, dans certaines circonstances, être en accord avec le point de vue philosophique soutenant que le fait d’agir de façon libre est compatible avec le déterminisme. Mais nous pouvons tout de même nous demander à quel point l’identification de l’acteur influence les résultats finaux, c’est-à-dire juger l’acteur responsable ou pas. Une autre piste à explorer concerne donc le concept d’identification. Celui-ci ne se limiterait pas à la notion d’intention ou du comportement intentionnel. Il serait en effet également associé au concept de “méta-désir” ou désir de “second ordre”, c’est-à-dire le désir d’avoir certains désirs, ceux-ci influençant son comportement. Des recherches récentes  (Pizzaro, Uhlmann, Salovey, 2003) montrent que manipuler les perceptions des méta-désirs des acteurs, affecterait le fait de juger louable ou condamnable une conduite moralement acceptable.

Finalement, même dans le cas où l’acte a été commis sous des conditions extrêmes et accablantes, l’attribution de la responsabilité sera fortement influencée par les conséquences de la manipulation de l’identification. Ce phénomène serait expliqué par le fait que la faculté cognitive, impliquée dans l’attribution morale, serait aussi et ce, de manière importante, influencée par des facteurs extra-causaux autres que ceux qui expliquent de manière prudente le comportement de l’acteur. Un de ces facteurs est l’évaluation des attitudes de l’acteur, c’est-à-dire ce à quoi l’acteur veut aboutir ou pas. Pour condamner ou juger autrui, les individus se baseraient sur la perception qu’ils ont de ce qui se trouve dans le “coeur” de l’acteur, et ceci même quand les actions ont été commises sous une contrainte accablante et dans des circonstances très contraignantes.

Bibliographie

–          Robert L. Woolfolk, John M. Doris, John M. Darley (2006) “Identification, situational constraint, and social cognition: Studies in the attribution of moral responsibility”, dans Cognition, 100, pp 283-301.

–          Klein O. (2012) Cognition sociale. p. 56


[1] Klein, O. (2012) Cognition sociale. p.56

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