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Ne vous est-il pas déjà arrivé de réagir de manière que l’on pourrait juger inadéquate à la situation? Imaginez-vous au magasin, vous êtes en train de choisir vos articles et vous sentez que quelqu’un est en train de fouiller dans votre sac, mais au lieu de réagir en criant sur la personne ou en appelant au secours, vous ne faites que regarder la personne qui a tenté de voler votre porte feuille. Cette réaction peut être jugée comme étant inadéquate à la situation, vous ne pensez pas?

Mais comment peut-on dire qu’une réaction ou une émotion est-elle ou non appropriée à la situation?

Warner et Shields sont deux chercheurs américains qui se sont penchés sur la question de la pertinence du jugement des émotions. Selon Warner et Shiels (2009), les émotions que l’on rencontre dans la vie courante relève de la complexité, l’ambigüité, l’interchangeabilité, et cela dans le comportement ainsi que dans le contexte social. Nous ne réagissons pas tous de la même manière. Pour illustrer ceci, voici un exemple, un ami vous demande de vous rendre aux valves de sa faculté pour lui donner ses résultats d’examens de fin d’année, car il ne peut s’y rendre lui-même. Malheureusement vous devez lui apprendre qu’il a raté son année. Quand vous lui annoncez la nouvelle, il éclate de rire et dit que ce n’est pas grave il fera mieux l’année prochaine. Mais vous, comment auriez vous réagi si l’on vous apprenait que vous avez raté votre année? Est-ce que la réaction de votre ami peut-elle être jugée comme « indéquate » par rapport à la situation? Pourquoi le rire pourrait-il être qualifié d’inconvenable?

 

Ces deux chercheurs se sont intéressés à la façon dont un observateur va juger une expression pour se conformer aux attentes des valeurs des autres observateurs et y répondre par une émotion en convenance dans un contexte donné. Warner et Shields nous apprennent que pour répondre à une émotion, nous évaluons le comportement de notre/nos interlocuteur(s) et nous évaluons la bienséance entre une émotion et une situation. Selon Warner et Shields (2009): « nous ne regardons pas seulement ce que la personne dit et montre mais nous évaluons aussi le degré jusqu’auquel les émotions sont correctes pour la situation en fonction de notre point de vue! ».

 

Warner et Shields ont donc établi un échelle de la perception de la pertinence des émotions (Perception of Emotion Appropriateness Rating Scale : PEARS) qui permet de faire ressortir les perceptions et les émotions d’un individu dans une situation donnée. Cette échelle est composée de 34 items regroupant un panel de jugements de la pertinence des émotions perçues ou exprimées dans le langage courant.

 

Warner et Shields (2009) émettent l’hypothèse que les jugements de pertinence des émotions comprennent 3 facteurs: Le degré où les types d’émotions sont perçues comme correctes (Type présent); le degré où la quantité des émotions démontrées est correcte (Type Intensité); le degré où les émotions attendues sont absentes (Type absent). Par exemple, si un adulte gronde son enfant en public car il a voulu traverser sans l’attendre, l’émotion perçue par les observateurs peut être jugée comme étant correcte ( type présent et type Intensité). Quant au type absent, il peut être interprété dans l’affection que porte l’adulte envers l’enfant mais qui n’est pas démontré explicitement lorsque celui-ci le gronde.

 

Pour cette étude, Warner et Shields ont demandés à 160 étudiants américains (80 filles et 80 garçons) universitaires en psychologie de regarder un clip vidéo de 35 secondes où une actrice parle le buste face à la caméra, avec un ton neutre ou moyennement colérique. De plus, l’actrice parle une langue germanophone et ce afin que les étudiants ne soient pas influencé par le contenu du discours. Les étudiants ont dû évaluer l’actrice qui montrait à la fois de la colère ou une expression neutre dans une des 3 situations que voici: Son mari flirtait avec une autre femme ( faible intensité) ; son mari embrassait une autre femme (moyenne intensité); son mari avait une relation sexuelle avec une autre femme (haute intensité). La colère étant un résultat attendu dans les réactions émotionnelles à l’infidélité ( Warner; Shields, 2009) . Ces 3 degrés d’intensité composent alors 3 nouveaux facteurs dans les sous échelles de PEARS, ce qui sous entend qu’il devrait y avoir une compatibilité entre la gravité de la situation et l’émotion. Warner et Shields (2009) donnent comme exemple qu’une expression neutre dans une situation à faible gravité (flirter) et une expression de colère dans une situation plus grave (tromper) devraient toutes deux être évaluer comme étant plus que pertinente en termes de type présent, type absent et type intensité.

Après avoir visionné le clip vidéo, les étudiants ont été invité à compléter un questionnaire qui contenait PEARS et un item évaluant la pertinence globale et utilisant une échelle à 7 points: 1= Je suis totalement en désaccord ; 7= Je suis totalement d’accord.

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 Warner et Shields ont pu constater par les résultats obtenus que les jugements de la pertinence de la réaction émotionnelle d’une autre personne peuvent être multidimensionnels et que les 3 types ( présent, absent et intensité) contribuent à l’évaluation générale. De plus, les sous échelles de PEARS nous informent que dans la plupart des situations la colère et les expressions neutres sont perçues comme pertinentes dans les situations propices à la colère. C’est-à-dire que plus l’intensité de la colère augmentait, plus la gravité des situations augmentait, ce qui nous indique la valeur de l’intensité est étroitement en lien avec l’émotion exprimée.

Warner et Shields (2009) ont pu observer que les jugements de la pertinence émotionnelle ne sont pas toujours attachés à une réponse « excessive émotionnelle » mais aussi à un manque d’émotion dans la réponse.

 

Pour conclure, Warner et Shields nous expliquent que quand l’émotion des autres est jugée pertinente, cela peut affecter le jugement d’autres aspects, tel que celui de la personnalité. Ils expliquent cela par un exemple : « Etre perçu comme manquer d’exprimer des émotions clés peut être lié au fait d’être perçu comme étant moins agréable et moins accessible » (Warner et Shields, 2009). Cette étude sur la multidimensionnalité de la pertinence des émotions permet de mieux comprendre les différentes composantes des expressions que nous rencontrons dans la vie de tous les jours.

References:

Warner, R., Shields, S. (2009) «Judgements of others’ emotional appropriateness are multidimensional» Cognition and Emotion, 23, (5), 876-888.

 

Image : neuronarrative.wordpress.com

 

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