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STAPLES CENTER, 22 janvier 2006 – De notre correspondant A. G.

Où étiez-vous le 21 juillet 1969 ? Que faisiez-vous le 9 novembre 1989 ?

Voici les questions auxquelles les anciens, et les moins anciens d’entre nous connaissent la réponse. Le basket-ball, lui aussi, a désormais sa date-référence. Le 22 janvier 2006. Cette nuit, Kobe Bryant a marqué de sa massive empreinte (il chausse du 49) l’histoire de la National Basketball Association, la ligue majeure américaine. Durant sa longue et fructueuse carrière, Phil Jackson, l’entraîneur légendaire de la non moins légendaire franchise or et violet de Los Angeles, a été le témoin privilégié de rencontres rocambolesques, extraordinaires, prodigieuses, des matchs sui generis, comme seul le showtime américain sait en produire.

Mais cette nuit était différente. Bien sûr, Wilt Chamberlain, avant Kobe, avait marqué 100 points en une seule rencontre. Mais c’était en 1962. La NBA était différente à bien des égards. Phil Jackson a joué contre Wilt. Il a entrainé Michael Jordan. Il n’avait jamais vu un match pareil.

Kobe, Kobe, Kobe. Les commentateurs s’égosillent, les yeux s’écarquillent, les ballons tombent au fond des paniers. Irrémédiablement. Comme pipée, cette balle orange n’a de cesse de suivre une trajectoire courbe. Qu’importent les fautes des pauvres témoins de Toronto, simple auditoire d’une partition jouée en solo. Kobe a tiré avec une efficacité redoutable, à 28/46 (61% de réussite). Il a marqué 67% des points de son équipe. Smush Parker a bien essayé de marquer quelques points, mais tout le stadium l’a compris. Les « passez-lui la balle » se mêlent aux « MVP, MVP » (Most Valuable Player, meilleur joueur de la ligue) repris par un Staples Center entièrement voué à sa cause. Ce soir, Kobe a joué aux dés, Kobe a gagné. Il avait la hot hand. Voyez plutôt la répartition des points par membre des deux équipes :

Fig. 1. Points par joueur des Toronto Raptors

Fig. 2. Points par joueur des Los Angeles Lakers

Et pourtant, Einstein l’a dit : « Dieu ne joue pas aux dés ». Combattant la théorie naissante d’un monde physique gouverné par la contingence, Einstein refuse l’idée même d’un univers instable. Il valide la continuité de la réalité, refusant de se confronter à l’existence probabiliste que lui opposent les scientifiques de l’époque.

Il paraît que notre esprit n’est pas suffisamment adapté pour comprendre le hasard. Il paraît que même le cerveau d’Einstein n’était pas suffisamment adapté pour comprendre le hasard. Cela ne signifie pas non plus que nous ne croyons qu’au destin. Cela voudrait plutôt dire que nous sommes enclins à croire qu’une suite d’évènements positifs provoquera un autre événement positif, une corrélation si vous préférez. Ce processus est bien ancré au fond de nous-même, il est difficile de s’en dépêtrer, il a grandi avec nous, il évolue avec nous. Des auteurs abondent en ce sens et expliquent que face à des choix dichotomiques, l’homme préhistorique a souvent fait appel à la fréquence de certains évènements pour assurer sa survie. Prenons l’exemple du ravitaillement : dans une civilisation fort fort lointaine, pourquoi pas les chasseurs-cueilleurs, l’homme, avec force et courage et pour nourrir sa meute, quitte le logis dès l’aube en quête… de baies sauvages (pendant que Madame range les caleçons de Monsieur). Si l’homme doute de la comestibilité de baies violettes, il n’a d’autre choix que de se référer à ses connaissances antérieures pour connaître les conséquences qu’entrainerait la digestion de ces baies et surtout pour prendre sa décision : Manger ou Pas manger ?

L’hypothèse de Wilke et Barrett (2009) est de dire que la hot hand est l’adaptation de notre mode de pensée à un environnement où les éléments sont principalement auto-corrélés. Il est vrai qu’on peut observer dans la nature des relations flagrantes comme celle qui lie la faune à la flore : nous aurons plus de chance de croiser diverses variétés d’animaux dans une forêt que dans un désert. L’homme, dans son long voyage à travers l’évolution, a dû s’adapter à son environnement et donc apprendre ces corrélations. C’est ce qui expliquerait, toujours selon Wilke et Barrett, qu’aujourd’hui encore nous avons tendance à nous baser sur des événements produits pour prendre nos décisions. Un peu à la manière d’Han Solo qui peut sentir le danger d’une situation avant son effectif déroulement, se basant sur les expériences précédentes. « I have a bad feeling about this », qu’il dira.

Le phénomène de la hot hand a engendré une grande littérature assez bien départagée : il y a ceux qui, comme Gilovich, ne voient en la hot hand qu’un processus fallacieux de notre esprit (entrainée par l’heuristique de représentativité qui est largement explicitée dans les contributions précédentes : « sa tête et son comportement ne m’inspirent pas confiance » ou « pourquoi la justice n’est-elle pas équitable pour tous » pour ne citer que les plus récents) ou comme Camerer, Loewenstein et Weber (1989), qui considèrent que la quantité d’information n’est pas relative à une prise de décision adéquate (il existe une expression qui illustre parfaitement cette idée : la malédiction de la connaissance). Sous cette catégorie, il sera facile d’y rencontrer Nassim Nicholas Taleb pour qui « le fait de prendre une observation naïve du passé pour quelque chose de définitif ou de représentatif du futur est la seule et unique raison de notre incapacité à comprendre la Cygne Noir » (Taleb : 74). Et puis il y a ceux qui croient dur comme fer à la hot hand.  Abondant en la croyance des fans de Kobe Bryant, nombreux sont les chercheurs qui tentent de prouver l’existence du phénomène.

L’axiome généralement suivi par les théories évolutionnaires et surtout néo-darwiniennes est que l’émergence du langage s’est faite dans un contexte relativement altruiste. Le comportement adopté par l’homme était coopératif. Reprenons notre valeureux chasseur-cueilleur évoqué plus haut, toujours en proie au doute face à la comestibilité des baies violettes. Un inconnu passe à ce moment-là et lui conseille de manger ces baies.

La question qu’on peut alors se poser est la suivante : comment en vient-on à croire ce qu’on nous dit ? Ce domaine de la psychologie sociale a été largement recouvert par de nombreuses études, notamment celle de Kissine et Klein (2012), pour qui le fait de croire aux informations communiquées est une activité ordinaire à la base même de l’interaction sociale.

Pour résumer très grossièrement la position de ces auteurs, lorsqu’une information est communiquée (« ces baies sont comestibles »), l’auditeur (notre homme préhistorique) la croit aussitôt qu’il l’a comprise ; il s’agit d’une perception aussi directe que la perception visuelle. Ce mécanisme de transmission de l’information est appelé Direct Perception Model (que l’on peut traduire sans prendre trop de risque par « modèle de perception directe »). Le long et parfois laborieux processus de compréhension des intentions n’est pas réalisé par l’homme dans un premier temps. En d’autres termes, lorsque l’individu dit « ces baies sont comestibles » avec l’intention première que l’homme cueille et mange ces baies, celui-ci va directement  enregistrer l’information « ces baies sont comestibles » comme vraie sans interpréter l’intention de l’individu.

Autant dire tout de suite que si l’intention de l’individu était d’empoisonner notre homme, il faudra à celui-ci une certaine énergie pour démentir l’information ; il lui faudra « mobiliser plus de ressources cognitives » (pour employer le jargon cognitiviste).

Si l’on prend en compte ce modèle de perception directe qui, comme on l’a vu, demande à l’homme de se creuser les méninges pour corriger à chaque fois les informations fausses qui lui sont communiquées, on peut imaginer qu’il ait au fil du temps éprouvé le besoin d’employer des raccourcis. Ces raccourcis, cognitifs pour la plupart, permettent à l’homme non seulement de prendre des décisions rapidement mais aussi, et là nous rejoignons l’hypothèse de Wilke et Barrett, de s’adapter.

Remettons nous en situation de la cueillette de baies sauvages : « ces baies sont comestibles ». La première étape est la croyance directe de l’information et ce en vertu du modèle de perception directe. La deuxième étape comporte plusieurs alternatives :

  1. Il mange les baies sans même se poser de question (ce qu’on peut voir comme un comportement instinctif et irraisonné) ;
  2. Il commence un long processus d’interprétation ;
  3. Il se dit que, par le passé, cet individu lui a souvent fourni des informations valables. Il décide de valider l’information et cueille les baies l’esprit tranquille.

Le processus mental de l’alternative numéro 3 est le plus probable, si l’on suit l’idée de Wilke et Barrett, et aurait façonné le mécanisme cognitif humain tel qu’on le connaît aujourd’hui. L’homme a pris sa décision en prenant en compte la suite d’événements positifs qui a précédé cette situation. La suite d’événements correspond ici à l’ensemble des informations confirmées proposées par l’individu.

C’est dans ce contexte psychologique que serait, toujours selon Wilke et Barrett, apparu le phénomène de hot hand. Mais une de leurs hypothèses que nous aimerions illustrer ici est que ce phénomène apparait plus facilement lorsqu’il s’agit d’items naturels plutôt que d’items artificiels. Pour ce faire, les auteurs ont demandé à leurs sujets, à partir d’un jeu sur ordinateur, d’émettre des prédictions sur la probabilité d’apparition, d’une part, de fruits dans un arbre (naturel) et d’autre part d’arrêts de bus dans une ville (artificiel). On leur demandait également d’évaluer la probabilité de tomber sur pile (ou face) en lançant une pièce de monnaie. Cette dernière tâche est facilement perçue comme aléatoire. Voici les résultats obtenus (en ordonnée la probabilité que l’événement dépendent du hasard) :

Fig. 3. Répartition des probabilités en genre et domaine (Wilke et Barrett)

Les résultats mettent en évidence l’hypothèse avancée par Wilke et Barrett selon laquelle nous évitons de prendre nos décisions de manière hasardeuse et ce plus encore dans un milieu naturel. Le jeu de pile ou face nous semble effectivement aléatoire, l’apparition d’arrêts de bus dans une ville l’est un petit peu moins, mais reste significativement plus incertaine que l’apparition de fruits dans un arbre. Le caractère naturel de la hot hand renforce l’idée selon laquelle le phénomène est un « réglage par défaut » ancré dans notre mode de pensée, et qui doit être désappris dans le cas d’évènements entièrement hasardeux. Ainsi, quand Einstein a dit « Dieu ne joue pas aux dés », Bohr lui aurait simplement répondu : « Qui êtes-vous, Einstein, pour dire à Dieu ce qu’il doit faire ! ».

(Source : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/94/Niels_Bohr_Albert_Einstein3_by_Ehrenfest.jpg)

Références :

Kissine, M & Klein, O. (2012). Models of communication, epistemic trust and epistemic vigilance. To appear in Janos Laszlo, Joe Forgas, & Orsolya Vincze (Eds.). Social Cognition and Communication. New York : Psychology Press.

Klein,O.( 2012) .Cognition sociale. Syllabus, Université libre de Bruxelles , Bruxelles.

Taleb, N. N. (2011). Le cygne noir : la puissance de l’imprévisible. Les Belles Lettres, Paris.

Wilke, A & Barrett, H. C. (2009). The hot hand phenomenon as a cognitive adaptation to clumped resources. Evolution and Human Behavior, 30, 161-169.

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Le 20 juillet 1969, Neil Armstrong posait le pied sur la Lune. Cet événement, retransmis à la télévision dans le monde entier, outre la prouesse technologique dont il fit montre, marqua la victoire des Américains dans la course à l’espace engagée contre l’Union Soviétique. Nous sommes alors en pleine guerre froide. Petit à petit, des voix vont se faire entendre pour dénoncer ce que certains qualifient de mise en scène. Deux clans vont se former, sur base d’une distinction très simple : ceux qui y croient, et ceux qui n’y croient pas. Des arguments vont jaillir dans les deux clans, tous étant persuadés de connaître la vérité (voir Rumeurs sur le programme Apollo pour les arguments et contre-arguments avancés), des documentaires vont même voir le jour pour crédibiliser ou détruire cette théorie. Chaque groupe pense bien entendu avoir raison.

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Dans une étude datant de 2005, G. D. Reeder, J. B. Pryor, M. J. A. Wohl et M. L. Griswell se sont intéressés à notre perception des partisans d’une théorie opposée à la nôtre et de leurs motivations. Ils partent pour leur étude d’une question bien éloignée de la conquête spatiale…

« It has nothing to do with oil, literally nothing to do with oil ». Voici la réponse de D. Rumsfeld, alors secrétaire de la Défense, aux accusations portées à l’encontre de l’administration Bush d’avoir provoqué cette guerre pour des enjeux économiques, notamment par N. Mandela : « It is clearly a decision that is motivated by George W. Bush’s desire to please the arms and oil industries in the United States of America ».

Cette question de la motivation de G. W. Bush s’est très rapidement répandue dans la population, chacun ayant généralement sa petite idée sur la question. G. D. Reeder et al. ont montré, dans une étude réalisée sur 105 étudiants américains (dont 51% étaient favorables à l’intervention en Irak, 25% étaient contre et 24% étaient indécis) que les opposants à la guerre étaient généralement suspicieux à l’égard du Président. Ils considéraient majoritairement qu’il s’agissait d’une agression pro-active, et non défensive (73 sujets) et qu’on leur cachait des choses sur les vraies raisons de cette attaque (50 sujets). À l’inverse, les étudiants favorables à une intervention en Irak estiment dans 74 des cas qu’il s’agit de légitime défense ou d’une volonté de leur Président de faire le bien autour de lui (70). Une étude tout à fait similaire à celle-ci réalisée sur des étudiants canadiens, a priori moins directement impliqués dans le conflit. Ils arrivent au même résultat. Une question se pose toutefois à la lecture de ces résultats : attribuent-ils des motivations négatives à G. W. Bush parce qu’ils sont opposés à la guerre en Irak ou sont-ils opposés à la guerre en Irak parce qu’ils attribuent des motivations négatives à G. W. Bush ? Quelle est la chaîne causale des événements ? Reeder et al. avaient bien anticipé la question. Pour y répondre ils ont organisé une troisième étude, portant cette fois sur la perception d’un groupe d’individus pour ou contre la guerre en Irak. Cette étude a montré que les gens considéraient, dans la majorité des cas, que les personnes qui se trouvaient dans le groupe opposé ne savaient pas ce qu’elles faisaient ou cachaient les véritables raisons de leur position. Ce graphique représente l’attribution des motivations d’individus pour ou contre la guerre, en fonction de la position du sujet (pour, indécis, contre).

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Enfin, les auteurs ont cherché à élargir leur recherche en se penchant, dans une quatrième étude, sur le jugement de sujets favorables ou opposés à l’avortement ou au mariage homosexuel sur les motivations de personnes qui ont une position opposée. Les résultats sont similaires : les sujets perçoivent les personnes avec qui elles sont en désaccord comme déconnectées de la réalité, pas réellement conscientes de leur motivation. Les auteurs ont également pu constater que ce sentiment est proportionnel à leur degré d’implication dans le débat. Comment peut-on expliquer ces résultats ? Pour les auteurs de l’article, cette tendance est une manifestation de « réalisme naïf », qui se caractérise par trois croyances : croyance que notre perception du monde est objective, que les personnes sensées perçoivent les choses de la même façon et enfin que d’autres ne pensent pas comme nous, c’est qu’ils manquent d’informations, sont paresseux, irrationnels, ou que leur jugement est biaisé par leur idéologie ou leur intérêt propre.

C’est ce que les auteurs appellent une attribution égocentrique de motivations (« egocentric motive attribution ») ; « égocentrique » étant à comprendre ici dans un sens particulier. Reeder et al. parlent d’égocentrisme pour désigner le fait que notre jugement d’autrui est biaisé par notre propre vision des choses. En d’autres termes, nous avons tendance à considérer que notre perception des choses est meilleure que celle des autres, que nous avons réellement compris le monde. Ainsi, les étudiants qui étaient contre la guerre en Irak ont eu tendance à attribuer des motivations négatives à G. W. Bush, alors que ceux qui y étaient favorables le voyaient comme le défenseur de nobles valeurs, ou, s’ils sont favorables à l’avortement, à considérer que ceux qui y sont opposé manquent d’informations ou sont aveuglés par leurs convictions.

Cette étude montre donc notre tendance à considérer que les autres sont dans l’erreur et à chercher des raisons cachées aux événements. Ces deux éléments rappellent les théories du complot. Reprenons la guerre en Irak. Certains n’ont pas hésité à parler de complot, à tenter de convaincre que les attentats du 11 septembre 2001 avaient été fomentés par les services secrets américains et qu’Al-Qaïda n’était qu’une façade pour pouvoir attaquer Saddam Hussein. Les citations que nous avons reproduites un peu plus haut montrent clairement que, pour certains, G. W. Bush avait un motif caché : contrôler le pétrole irakien. Et ce n’est pas le seul exemple. L’ombre de la conspiration a plané sur de nombreuses affaires, qui peuvent aller du complot juif et des Protocoles des Sages de Sion (largement utilisés par le parti Nazi pour sa propagande antisémite, alors qu’il avait déjà été prouvé depuis longtemps qu’il s’agissait d’un faux) à la maladresse du médiateur chargé de superviser la rencontre entre Jean-Denis Lejeune et Michèle Martin, dont le téléphone portable a malencontreusement passé un appel d’environ une heure à une journaliste, en passant par la mort d’Elvis et le crash d’un vaisseau extraterrestre à Roswell… On se retrouve avec deux clans : l’un favorable à la théorie officielle, l’autre à la théorie du complot, s’accusant mutuellement de naïveté.

Mais qu’est-ce qu’exactement une théorie du complot ?

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Ce genre de théories explique un événement en attribuant une intention cachée à un groupe d’individus agissant en secret. Elles refusent donc le caractère aléatoire, imprévisible de l’événement et préfèrent y voir une intentionnalité. Elles proposent également une relation de cause à effet entre divers éléments, a priori indépendants. Il est important de noter que nous avons tendance à considérer un facteur comme une cause si celui-ci est intentionnel. Or, il faut savoir que l’attribution d’une intentionnalité est un processus quasiment automatique. Cela permet de créer des liens, de constituer une histoire tout à coup très cohérente et de l’assimiler beaucoup plus facilement.

Enfin, nous l’avons dit, les individus se positionnent dans un groupe en fonction de leur avis sur l’événement. Mais la catégorisation du groupe dénoncé est également importante : personne n’irait accuser de conspiration un groupe que l’on considère comme fondamentalement sympathique, ou manquant cruellement d’organisation. La dénonciation d’un complot est donc étroitement liée aux stéréotypes attribués à un groupe, et à nos attentes par rapport à ces stéréotypes.

Mais si ces éléments sont essentiels pour le développement de la théorie, elle ne naît pas ex nihilo. Deux types de données vont permettre à un investigateur suspicieux de semer le trouble dans le chef d’un groupe d’individus. Il y a tout d’abord des éléments qui restent inexpliqués, des détails oubliés de la version officielle auxquels l’accusateur va donner une explication, voire même des contradictions apparentes. C’est ce que J. Buenting et J. Taylor appellent les errant data. Ensuite, il y a ces données douteuses, qui corroborent tellement bien la version officielle qu’elles en deviennent suspectes, d’autant qu’elles apparaissent souvent grâce à un heureux hasard. Ce sont les fortuitous data de Buenting et Taylor. Un exemple va nous permettre d’éclaircir les choses. La version officielle de l’assassinat de J. F. Kennedy compte trois coups de feu. Or, certains témoins déclarent en avoir entendu plus (voir par exemple D. Coady, Conspiracy Theories : The Philosophical Debate, 2006, p. 119). Il s’agit d’un exemple d’errant data.

À l’époque du scandale du Watergate (qui, pour rappel, est une théorie du complot qui s’est avérée exacte), des enregistrements audio des discussions qui eurent lieu entre Nixon et ses collaborateurs ont été écoutées par les enquêteurs pour juger de l’implication du Président dans l’affaire. Malheureusement, il y avait, sur l’une d’entre elles, enregistrée à un moment particulièrement critique, un blanc d’environ 18 minutes. Ainsi, les cassettes ne comportaient aucune preuve que Nixon savait pour les écoutes. Mais l’on peut difficilement croire à une erreur de manipulation accidentelle, comme va le soutenir une secrétaire interrogée sur la question. Il s’agit d’un exemple de fortuitous data.

Les théories du complot s’appuient donc bien sur des faits, réels ou fictifs. Elles offrent généralement des explications beaucoup plus complètes, plus satisfaisantes que la version officielle, ce qui les rend particulièrement attractives.

Bien sûr, plusieurs biais sont à épingler, à différents niveaux.

Commençons par le raisonnement même qui sous-tend la théorie du complot. Il fonctionne en deux étapes : la version officielle doit tout d’abord être discréditée. Il faut inviter le public à relativiser les informations qu’on lui a fournies toutes prêtes à consommer, à faire appel à son esprit critique. Mais seulement le temps de la remise en doute. Une fois que le dénonciateur a exposé sa théorie, il n’y a plus de doutes possibles : les hypothèses avancées sont présentées comme des vérités révélées et absolues, les indices sont directement propulsés au statut de preuves.

Prenons un exemple. Sur certaines images prises lors de la mission Apollo 11, le drapeau planté dans le sol donne l’impression de flotter. Or, il n’y ni air ni vent sur la Lune. Il s’agit donc, pour certains, d’une preuve indéniable que l’homme n’est jamais allé sur la Lune, et que toutes les images diffusées à la télévision en juillet 1969 ont en fait été tournées dans un studio hollywoodien. Il peut toutefois y avoir une autre explication : on peut par exemple dire que ce drapeau donnait l’impression de flotter à cause du tissu dans lequel il a été conçu. D’autres avancent encore que, si l’on compare des photos prises à des moments différents, on constate que le drapeau ne bouge pas. Mais ces éléments ne sont pas pris en compte par le dénonciateur, il n’envisage pas cette possibilité.

La manière de raconter les choses est également pertinente. Dans une étude réalisée en 2010, J. Hansen et M. Wänke (2010) montrent que, tout comme beaucoup de détails rendent une histoire plus vraisemblable, plus un énoncé est concret, plus il a de chances d’être cru. En outre, le dénonciateur peut également induire des relations causales en choisissant avec minutie la façon dont il va présenter les choses. Par exemple, dire qu’une réunion de la CIA a eu lieu le 9 septembre 2001 aura moins d’impact que si l’on dit que cette réunion a eu lieu deux jours avant les attentats du 11 septembre.

Ce dénonciateur, justement, ne peut pas être n’importe qui. N’importe qui ne peut pas affirmer que le gouvernement américain nous ment, il faut qu’il ait minimum de crédibilité. Il faut tout d’abord qu’on puisse le catégoriser comme expert, quitte à parfois cacher au public la véritable nature de son expertise. Bill Kaysing en est un bel exemple. Ce dernier a accusé la NASA d’avoir tourné les images du premier pas sur la Lune dans un studio hollywoodien. Selon lui, aucun astronaute des missions Apollo n’a fait le moindre petit pas sur le sol lunaire. Dans un documentaire réalisé en 2001 (« Théorie de la Conspiration : avons-nous été sur la Lune ? ») Kaysing se voit attribué l’étiquette d’ingénieur dans la société Rocketdyne, qui aurait fabriqué les fusées Apollo. Ce qu’on ne dit pas, c’est que la société, dans laquelle il a effectivement travaillé, ne s’occupait que de certaines pièces des propulseurs. En outre, il y exerçait la fonction d’ingénieur de service, dans la bibliothèque, et a quitté son poste six ans avant la mission Apollo 11 (voir Th. Herman, L’irrésistible rhétorique de la conspiration, pour une analyse complète du documentaire). Mais pour le grand public, il est ingénieur ; il peut donc supposer que M. Kaysing sait bien de quoi il parle. Mais cet expert doit être un peu marginal : il faut qu’il prenne bien ses distances par rapport à une quelconque autorité officielle ou apparentée qui paraîtrait suspicieuse aux yeux de son interlocuteur. Qu’il opère dans l’ombre, au service du bien commun plus que des conspirateurs. À nouveau, la catégorie dans laquelle va être placé le dénonciateur a une importance capitale. Il faut que le public puisse lui faire confiance : il sera alors plus réceptif et remettra moins en doute le contenu du message (voir La confiance ressentie à l’égard d’un émetteur, change-t-elle le traitement de son message ?).

On peut bien sûr se demander pourquoi les gens continuent d’adhérer à ces théories, même quand on leur a prouvé qu’elles étaient fausses. Plusieurs réponses peuvent être avancées. La première est que certaines théories qui paraissent de prime abord farfelues sont en fait exactes. Repensons au Watergate. Ensuite, il est difficile de contrer les arguments avancés par une théorie du complot. En effet, vu qu’elle part du principe qu’on nous cache des choses, on peut toujours considérer que les preuves de sa véracité ne sont pas encore connues. Enfin, l’esprit humain est bien moins cartésien qu’on ne veut bien le penser. Nos émotions jouent un rôle important donc nos prises de décisions, et une fois que nous avons reçu une affirmation et l’avons considérée comme vraie, il est extrêmement difficile de faire marche arrière (cette question a déjà été traitée sur ce même blog : Pourquoi continue-t-on à croire à des « théories » même lorsqu’elles sont discréditées ?).

Et fondamentalement, les théories du complot proposent des explications plus poussées que les versions officielles, cognitivement plus satisfaisantes, et partent parfois d’éléments qui invitent réellement à se poser des questions. Elles permettent d’avoir une impression de contrôle sur des événements majeurs, que personne, pourtant, n’avait prévu ; ce que N. N. Taleb appelle les « Cygnes Noirs ». Le sentiment d’avoir été dupé n’est agréable à personne, et nous aurons toujours tendance à considérer que notre version des faits est meilleure que celle des autres, qu’elle soit officielle ou dissidente. Ce serait une erreur de penser que les personnes qui adhèrent à ces explications sont forcément plus crédules que les autres.

Pour terminer, nous vous invitons à regarder un reportage réalisé sur la mission Apollo 11 et les éléments qui permettent de dire que les astronautes n’auraient pas foulé le sol lunaire, Opération Lune (réalisé en 2002 par Wiliam Karel). Après l’avoir visionné, posez-vous cette question toute simple : avons-nous vraiment marché sur la Lune ?

Bibliographie :

Les idées exposées dans cette contribution sont puisées dans les publications suivantes :

J. Buenting et J. Taylor, Conspiracy Theories and Fortuitous Data, Philosophy of the Social Sciences 40, 2010, p. 567-578.

D. Coady, Conspiracy Theories : The Philosophical Debate, 2006.

M. Dominicy, Les sources cognitives de la théorie du complot. La causalité et les « faits » ; E. Danblon, Les « théories du complot » ou la mauvaise conscience de la pensée moderne ; O. Klein et N. Van der Linder, Lorsque la cognition sociale devient paranoïde ou les aléas du scepticisme face aux théories du complot ; Th. Herman, L’irrésistible rhétorique de la conspiration : le cas de l’imposture de la Lune, in E. Danblon et L. Nicolas (éds.) Les rhétoriques de la conspiration, Paris, 2010.

J. Hansen et M. Wänke, Truth from Language and Truth from Fot : the Impact of Linguistic Concretenesss and Level of Construal on Subjective Truth, Personality and Social Psychology Bulletin 36, 2010, p. 1576-1588.

B. L. Keeley, Of Conspiracy Theory, The Journal of Philosophy 96, 1999, p. 109-126.

G. D. Reeder, J. B. Pryor, M. J. A. Wohl et M. L. Griswell, On attributing negative motives to others who disagree with our opinions, Personality and Social Psychology Bulletin 311, 2005, p. 1498-1510.

En 2005, Larry Summers, alors président de Harvard, crée un véritable scandale en suggérant que la sous-représentation des femmes en math et en sciences s’expliquerait par une différence entre les sexes au niveau des capacités innées. Pour reprendre ses termes [1] : « There may also be elements, by the way, of differing, there is some, particularly in some attributes, that bear on engineering, there is reasonably strong evidence of taste differences between little girls and little boys that are not easy to attribute to socialization. »

Ceci venant du président d’une des universités les plus respectées au monde. Le cercle féministe de Harvard l’a attaqué pour ses remarques, et il n’a jamais été réélu à son poste. Le sujet est visiblement sensible. Les mathématiques, ainsi que les sciences quantitatives en général, sont vues comme un domaine typiquement masculin – seulement 9 à10 % des postes permanents dans les domaines quantitatifs des universités américaines sont occupées par des femmes, et un quart des doctorants seulement sont des femmes [3], au point que certaines auteurs féministes qualifient l’exclusion des mathématiques d’attribut féminin par excellence [2]. Pour l’anecdote, signalons encore qu’une association « Femmes & mathématiques »  a vu le jour en 1987 en France pour tenter de contrer cette tendance…

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Comment expliquer d’une part cette sous-représentation des femmes en mathématiques, et d’autre part, la différence de 15% entre les niveaux de doctorant et de chercheur permanent ? L’histoire du Président Summers montre bien qu’il n’est plus politiquement correct d’avancer une différence innée comme explication. Mais cette explication n’est pas seulement taboue, elle est aussi simpliste. M. Summers, comme d’autres qui défendent ce point de vue, cite comme preuve l’écart entre les scores des hommes et des femmes dans les tests de mathématiques, mais une différence innée est loin d’être le seul facteur capable d’expliquer ces résultats. Ces différences innées « genrées » ne peuvent d’ailleurs pas être démontrées de manière satisfaisante par des mesures d’aptitudes, parce que le rôle et l’impact de la socialisation restent méconnus. Mary Pipher [4], célèbre spécialiste américaine de l’adolescence féminine souligne que jusqu’à la puberté, les filles et les garçons sont égaux en termes de scores, mais que par après, l’écart se crée et continue à se creuser au fil du temps. Elle explique cela par le poids des stéréotypes de genre, qui commencent à être sérieusement encrés à la puberté et qui offrent une explication alternative à celle de Summers. Actuellement, il est politiquement correct de viser la parité dans les domaines académiques, et si l’on peut supposer que des discriminations existent toujours, elles ne peuvent expliquer ces chiffres à elles seules. En somme, trois explications sont possibles pour expliquer le peu de mathématiciennes : la discrimination par le genre de la part des professeurs et employeurs, une différence au niveau des capacités innées, et la force de ce que les théoriciens du genre appellent les contraintes intériorisées. Dans le jargon des sciences sociales, les contraintes intériorisées sont des stéréotypes qui sont acquis par le stéréotypé et qui deviennent une partie intégrante de son identité, au point de guider certains comportements. Le désengagement, ou désidentification, est un exemple de comportement extrême qui peut être engendré par ces contraintes intériorisées. Il s’agit du fait de dénigrer certaines activités parce qu’elles sont considérées par le stéréotypé comme incompatibles avec un stéréotype qui leur est attribué.
Dans le cas qui nous concerne, il s’agirait par exemple pour une femme de considérer les performances en mathématique comme non pertinentes pour évaluer une personne, qu’il s’agisse d’elle-même ou de quelqu’un d’autre.

Nous voudrions ici présenter une autre réaction possible : la bifurcation identitaire. Dans ce cas, plutôt que de se désengager de l’activité qui est incongrue avec son identité stéréotypée, le sujet va minimiser l’importance d’un ou de plusieurs éléments de cette identité stéréotypique et se dissocier des traits associés qu’il considère comme incompatible avec l’action qu’il veut entreprendre.
Pronin et al.[5] testent la présence de ce phénomène dans le cas des femmes et des mathématiques. Comme cette matière est largement vue comme typiquement masculine, encore aujourd’hui, les auteurs s’attendent à trouver chez les femmes qui travaillent dans ce domaine une haute incidence de bifurcation identitaire. En termes informels, ils supposent qu’une mathématicienne qui projette d’avoir des enfants, par exemple, refoulera ce trait, considéré comme intrinsèquement féminin, dans des situations où son côté mathématicien ressort.
Se basant sur des études précédentes, les auteurs créent une liste de caractéristiques généralement perçues comme féminines. Cette liste inclut des traits très variés tels que l’émotionnalité, le désir d’avoir des enfants, la coquetterie, etc. Les auteurs procèdent en trois études. La première tente d’établir si on trouve une incidence plus élevée de désidentification de ces traits chez les mathématiciennes que chez des femmes dans d’autres domaines. Pour ce faire, les auteurs ont conduit une étude sur une série d’étudiantes, leur demandant d’évaluer l’importance qu’elles accordaient aux différents traits. Leurs résultats montrent une corrélation négative entre le nombre de cours quantitatifs suivis et l’auto-identification aux traits « féminins ». En d’autres termes, plus les femmes suivent des cours de mathématiques, moins elles s’attribuent des traits féminins, ce qui est cohérent avec la bifurcation identitaire. Cependant, qui dit corrélation ne dit pas effet causal. Ces résultats s’expliqueraient de deux manières : soit, les femmes qui font beaucoup de mathématiques se désidentifient de leur féminité, soit les femmes qui ne s’identifient pas fortement à la féminité sont plus susceptibles d’être attirées par les maths, domaine des hommes par excellence. Pour établir la direction de la causalité, les auteurs procèdent dans la deuxième étude à une mise en scène contrôlée qui vise à déterminer si les femmes ont une bifurcation identitaire immédiatement après avoir été confrontées à une menace de leur stéréotype. Une menace de stéréotype est une situation où l’identification à un groupe d’appartenance est menacée par l’appartenance à un autre groupe, où les performances dans une tâche pour laquelle le groupe auquel on appartient est perçu comme faible se voient diminuées (cette notion a été abordée dans un billet précédent.
Les auteurs ont donc fait lire un pseudo-article scientifique aux participantes. Ce pseudo-article concerne les capacités supérieures des hommes en matière de mathématiques et prouve que les femmes sont moins créatives et moins brillantes dans ce domaine. La réaction attendue par les auteurs est que les femmes fortement associées aux mathématiques, contrairement aux autres, fassent preuve d’une bifurcation identitaire plus forte après lecture de cet article. Leur statut de mathématiciennes étant menacé, elles seraient plus promptes à se dissocier des traits féminins qui seraient incompatibles avec ce statut. Les résultats vont dans ce sens, car les mesures auto-reportées d’identification avec les traits « féminins » sont significativement moins élevées chez les mathématiciennes après lecture de cet article que chez les autres. Une troisième étape de l’étude contrôle un éventuel biais de sélection qui fonctionnerait comme ceci : les mathématiciennes ne feraient pas preuve de bifurcation identitaire, mais seraient un sous-groupe où l’on trouverait un nombre élevé de cas de désengagement de l’identité féminine. Les résultats permettent d’écarter cette possibilité.
Le graphique suivant reprend les résultats de l’étude de Pronin et al. et permet d’illustrer ce qui précède. Les femmes exposées aux mathématiques s’identifient moins aux caractéristiques féminines susceptibles d’affecter leur potentiel dans ce domaine. Lorsqu’il s’agit de caractéristiques féminines n’entrant pas en jeu avec les mathématiques, il n’y a pas de différence significative entre les femmes baignées dans l’environnement mathématique et celles qui le sont moins.
Cette étude montre que les stéréotypes féminins et les mathématiques telles que perçues par les sujets sont incompatibles sur plusieurs points, et qu’en réponse à cette dissonance, les femmes se dissocient de certains traits qu’elles considèrent comme typiquement féminins. Ceci soutient l’explication par les contraintes intériorisées de la sous-représentation des femmes en mathématiques. Contrer une discrimination extérieure, c’est une chose. Une question difficile mais que l’on peut envisager d’adresser par les mesures politiques. Par contre, la présence des stéréotypes encrés dans le chef des femmes est beaucoup plus insidieuse, car elle pousse à l’auto-exclusion. La désidentification et la bifurcation identitaire sont des termes scientifiques pour dire que les femmes se sentent confrontées à un choix intérieur : être féminine, ou être mathématicienne.

Ce résultat, et cette notion de bifurcation identitaire, pourraient être étendus à d’autres domaines et à d’autres stéréotypes. Il s’agit d’une notion générale décrivant un mécanisme humain que l’on pourrait envisager d’étudier également dans le cas de la discrimination ethnique. Les enjeux ne sont pas les mêmes, mais il se peut que cette bifurcation soit un facteur parmi d’autres expliquant, par exemple, la sous-représentation des noirs dans la classe politique américaine. Nous aurions sans doute également des résultats similaires pour les hommes et certains domaines classiquement associés à la femme, comme l’infirmerie par exemple. La solution est facile à énoncer mais difficile à implémenter : arrêter la propagation des stéréotypes sexistes, raciaux et autres à travers leur déconstruction théorique systématique et à travers une réforme éducative. Hasard de calendrier, le catalogue publicitaire des « Magasins U » sortait cette semaine, et a beaucoup fait parler de lui : il y présente un petit garçon jouant avec une poupée et une petite fille jouant avec une voiture électrique (voir notamment cet article du figaro).

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Ce que l’on peut retenir de cette étude est l’élément suivant : les stéréotypes intériorisés sont bien présents, et sont suffisamment puissants pour jouer sur notre perception de nous-mêmes. Que l’on suive le courant cognitiviste, considérant que certains traits sont déterminés génétiquement, ou que l’on soit parmi les déconstructionistes les plus radicaux, une chose est certaine : on ne peut pas actuellement pas démontrer que des différences au niveau de la performance entre différents groupes humains résultent d’une différence innée, car il n’existe pas de groupe contrôle quand on teste l’influence de la socialisation sur la réussite ou sur la performance.

Bibliographie :
[1]« Why Larry Summers lost his job », Boston Globe, 17 janvier 2005.
[2]FOX KELLER, E. (1985).  Reflections on Gender and Science, Yale University Press, New
Haven & London.
[3]LUSCOMBE B., “Explaining the complicated women+math formula”, Time Magazine, 20 October 2010.
[4]PIPHER M. (1995). Reviving Ophelia: saving the selves of adolescent girls. Random House, New York.
[5]PRONIN, E., C. M. STEELE, C. M., ROSS, L. (2004). Identity bifurcation in response to stereotype threat: Women and mathematics, Journal of Experimental Social Psychology 40(2), 2004, p. 152-168.